Perdu dans Tokyo

Alexandre G

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En sortant de l'hôtel, je prends à droite comme me l'a dit Papa, et puis encore à droite. Maman n'était pas trop d'accord pour que je sorte tout seul, mais Papa l'avait rassurée : « Tokyo est une ville sûre, avait-il dit, et Léo a bientôt 13 ans, il saura très bien se débrouiller seul ! Et puis il a son portable, s'il a un problème... »

Sous un beau ciel bleu, je longe la grande avenue et je traverse le parc du temple. Ouah ! Les feuilles des arbres sont toutes rouges. C'est vrai que d'habitude, on vient voir mon oncle en juillet. Mais cette année, on est parti en automne, pour les vacances de la Toussaint. Ça change, j'ai failli ne pas reconnaître le parc. Mais si, le petit temple est bien là, avec ses statues de renards devant.
Je passe sur le pont de pierre et je m'arrête pour regarder les carpes une minute. J'adore leurs couleurs, et puis elles sont vraiment très grosses avec des bouches énormes !
Je sors du parc en passant sous le portail rouge, je trouve la supérette où ils font des glaces drôlement bonnes et je tourne à gauche. Je réussis à trouver l'entrée de la station, j'ai déjà passé la première étape ! Maintenant, il faut acheter un ticket. Mais plus je regarde le tableau d'affichage et moins je comprends ce plan du métro ! Des lignes de toutes les couleurs dans tous les sens ! Et puis des noms pas faciles en plus ! Papa m'a appris à lire le plan, mais maintenant que je suis devant, je commence à me demander si je vais y arriver. Bon, pas de panique, se concentrer, respirer à fond...
D'abord, repérer la ligne rose, OK. Ensuite, trouver la station de départ, OK. Pour finir, repérer la destination : Ryogoku. Ryogoku... Ah, voilà, Ryogoku, trop fasse !
Le guichet automatique est impressionnant au début, mais quand on s'en est déjà servi une fois, ça va tout seul. J'appuie sur les boutons, je mets une pièce de 500 yens, je récupère le ticket et la monnaie. Hop, voilà ! Pas si dur que ça, finalement !

J'aime bien le métro de Tokyo, c'est super propre et les gens sont polis. Surtout à cette heure-là, en fin de matinée. Le tournoi commence à 14 heures. J'ai tout le temps. J'écoute de la musique pour patienter. Tiens, c'est marrant, le papi en face a exactement les mêmes baskets que moi. La même marque et la même couleur ! Il s'en est rendu compte aussi et me sourit.
Je regarde les pubs flashy suspendues au plafond. Le métro s'arrête dans une première station. Ce n'est pas encore la mienne. J'en ai encore plusieurs à passer avant d'arriver. Je me laisse aller à ma musique et regarde discrètement quatre collégiennes qui viennent de monter. Elles portent l'uniforme de leur école. Trop stylé. Mince ! Je crois qu'une des filles m'a remarqué. Je sens que je deviens tout rouge. Elles éclatent de rire ! Oh non, la honte ! Je sais plus où me mettre. Vite, c'est quand que j'arrive ?

Je vais au fond du wagon pour vérifier l'ordre des stations sur le panneau d'affichage électronique, l'air de rien. Ah ! Je crois qu'il y a un petit problème... Je regarde sur mon plan. C'est pas possible ! Je suis parti dans le mauvais sens ! Comment j'ai fait pour me tromper de quai ? Il faut que je descende vite ! La panique me gagne. Respirer... Inspirer, expirer, inspirer, expirer...
Le métro s'arrête, je sors de la rame, je dois trouver la sortie, changer de quai, et repartir dans l'autre sens. La galère ! Je regarde l'heure. Bon, ça devrait aller. Je me repère aux panneaux, mais c'est pas facile, il y en a vraiment partout ! Oh, et puis c'est quoi cette station ? Elle est méga grande ! Je crois que le mieux, c'est de sortir, de trouver une autre entrée de métro et de tout reprendre à zéro.
Facile à dire, pas facile à faire. J'ai l'impression d'être dans un vrai labyrinthe. Il y a des grands couloirs qui partent dans tous les sens. C'est plein de boutiques, de restaurants. Hum ! Ça sent bon par là ! Mais qu'est-ce que je raconte ? C'est pas le moment d'avoir faim ! Tiens, j'ai l'impression que je suis déjà passé par ici. Ah ! Un escalier qui monte ! Ça doit bien finir par donner dehors !
Ouf ! Ça y est, enfin à l'air libre ! Je regarde autour de moi, mais ce quartier ne me dit rien du tout. En même temps, c'est tellement grand, Tokyo. Allons par là, et voyons ce que ça donne. Surtout rester dans les grandes rues, sinon je ne trouverai jamais une autre bouche de métro. Je marche, je marche et je commence à me demander si c'était vraiment une bonne idée de partir tout seul. Sentir mon téléphone dans ma poche me rassure un peu. Mais pas question de m'en servir pour l'instant ! Je suis juste un peu perdu. Un peu perdu ? Qu'est-ce que je dois faire ? Si j'appelle, Papa sera déçu et Maman ne me laissera plus jamais sortir de l'hôtel ! J'hésite, je sors mon téléphone... Ah ! Sauvé ! Je vois une station de l'autre côté de la route !

Cette fois, je ne m'assois pas tranquillement, je n'écoute pas de musique. Je reste debout et, à chaque arrêt, je surveille à travers la vitre le nom des stations. Je vérifie sur le panneau lumineux, je compare avec mon plan plusieurs fois. OK, j'ai l'air d'aller dans la bonne direction. Plus que trois arrêts avant le mien, plus que deux, un... Ça y est, Ryogoku !
Mais je ressens encore une petite angoisse. Parce que maintenant, il va falloir que je trouve le stade. Je sors du métro. Jusque-là, pas de problème. Après, je vais par où ? Papa m'a dit : « En sortant du métro à Ryogoku, c'est facile : tu contournes le Musée d'Edo-Tokyo, le stade est juste derrière. » Sur le coup, ça m'a paru simple, mais maintenant, je trouve ça beaucoup moins évident. Si je pouvais trouver un plan du quartier... Ça tombe bien, il y en a un juste en face de moi ! La chance me sourit enfin !
Pendant que je regarde le plan en me grattant la tête parce qu'il y a plein de trucs écrits dessus que je ne comprends pas, je sens qu'on s'approche de moi. Je me tourne et là, incroyable : les collégiennes de tout à l'heure  ! L'une d'elles me demande quelque chose. Je lui réponds « Wakarimasen ». C'est une des quelques phrases en japonais que je connais. Ça se prononce « oua-ka-li-ma-saine » et ça veut dire « je ne comprends pas ». J'aurais peut-être dû en apprendre une autre à la place pour demander mon chemin, parce que maintenant je me rends compte que de savoir dire que je ne comprends pas, ça ne sert pas à grand-chose... Alors la plus grande des filles s'approche de moi et me parle en anglais. Moi, l'anglais, ça va, je me débrouille. Elle me demande où je vais. Alors je lui explique en lui montrant mon billet pour le combat de sumo. Elles discutent entre elles et me font signe de les suivre.
On parle tout le long du trajet, elles sont super sympas. Elles me demandent de quel pays je viens, veulent connaitre mon prénom, me posent plein de questions. Elles me montrent leur collège, de gigantesques bâtiments en brique de plusieurs étages. Rien à voir avec chez moi. On prend une voie piétonne qui contourne l'école, on tourne dans une ruelle avec des maisons qui ont l'air toutes petites à côté des immeubles et là, mon cœur fait un grand bond dans ma poitrine. Je viens d'apercevoir les drapeaux multicolores, les bannières qui portent le nom des lutteurs ! Et puis, dans une allée, des sumos dans des kimonos super beaux. Ça y est, je suis arrivé au stade ! Le Ryogoku Kokugikan Sumo Stadium, drôlement impressionnant avec son grand toit vert en pagode !
Je remercie les filles de tout mon cœur et leur dis au revoir en français, en anglais, en japonais et on éclate de rire tous ensemble.
Je vois mon oncle devant l'entrée du stade qui me fait des grands coucous de la main. Je le rejoins et il me demande :
— Alors, tu as trouvé facilement ?
— Bien sûr ! je lui réponds avec un grand sourire, trop « fasse » !

-- Illustration de Mathilde Ernst

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Joëlle Brethes · il y a
Oh le petit crâneur menteur 😉! Mais il est bien sympathique, a essayé de se débrouiller tout seul et a eu une bien jolie aventure à nous raconter 😊
En tout cas, promis, on ne dira rien à son papa !