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Le Noël de Victor et Timéo

— Baoum. Tada. Craounch ! Timéo crie lorsqu'il frappe ses figurines les unes contre les autres. Dans l'habitacle de la voiture, ça fait un bruit d'enfer. Pire que le bruit du vieux moteur. Assis à ses côtés, Victor, son grand frère de neuf ans, marmonne :

— J'essaye d'écouter de la musique...
— Ziiiiouuu… Crounch !
— Tim, doucement, dit leur maman qui conduit.

Elle a des cheveux longs et porte sa robe jaune préférée. Très énergique, elle ne cesse de bouger ses épaules quand elle conduit. Leur papa, un grand homme affublé de lunettes rouges, et au tempérament beaucoup plus calme, acquiesce :
— Ne crie pas, Tim.
— Crounch ! Boum !

Timéo n'en a rien à faire. Il est complètement absorbé par son jeu. Leurs parents ne disent rien de plus. Ils ne lui disent jamais rien de toute façon. Et ils répètent toujours à Victor que " C'est parce que Timéo est malade depuis qu'il est né… "

Timéo est . Ça le rend bizarre car ça l’empêche de maîtriser ses émotions et de comprendre ce que ressentent les gens autour de lui. Il a sept ans mais il en paraît parfois quatre. Il y a quelques jours, alors qu’ils jouaient au foot ensemble au parc, Timéo a soudain attrapé le ballon avec ses mains ! Et a empêché Victor de le reprendre. Il s’est retrouvé tout seul sur le terrain de jeu, moqué par les autres enfants.

Victor soupire :
— Pff. Tu joues à un jeu de bébé, en plus.
— Non ! C’est pas un jeu de bébé ! crie son frère.
— Victor ! s'exclame leur papa.

Et, vexé, Victor se tourne vers la fenêtre en boudant. C'est toujours comme ça. C'est toujours lui qu'on gronde. Son frère recommence à hurler et personne ne dit plus rien.

Deux heures plus tard, ils arrivent chez leur Mamie. Comme chaque année, toute la famille vient passer Noël chez elle. Elle habite dans une vieille maison, dans un tout petit village. Il n'y a même pas de boulangerie. Seulement quelques vieux, comme Mamie, et trois agriculteurs.

Pourtant Victor adore cet endroit. Il adore aussi sa Mamie. Elle ne le gronde pas comme ses parents. Et elle est drôle : elle a les cheveux bleus ! Pendant que ses parents débarrassent la voiture, elle joue à la bataille avec son frère et lui (c’est un jeu de carte, pas un vrai jeu de bagarre !).

— Timéo, qu'est-ce que tu as demandé au Père Noël ? demande leur mamie.
— Un chien !
— Oh !

Leur mamie interroge Victor du regard. Il secoue la tête de droite à gauche. Il le sait lui : non, Tim n'aura pas de chien. Leurs parents ne sont pas d’accord. Ils ont dit que ce serait trop compliqué à gérer en plus de Timéo.
Dommage, Victor aussi aurait bien aimé avoir un chien.
Mamie sent bien sa déception. Elle hoche la tête, compréhensive et dit, un peu pour les réconforter :
— Il y a un voisin qui a eu une portée de chiots récemment. On pourra aller les voir.

Deux jours plus tard, la veille de Noël, Timéo et Victor jouent ensemble. Papa et Mamie sont allés faire des courses et maman est au téléphone avec une amie. Victor a l'habitude de se retrouver seul avec son frère mais aujourd'hui, Timéo est intenable. Comme beaucoup d’enfants, il est de plus en plus excité à l’approche de Noël. Il crie, couine, pleure plus que d’habitude, et frappe même Victor. Il lui fait mal. Victor est exaspéré. Il n’en peut plus. Il lui vient tout à coup une idée pas très gentille pour se venger. Et, sans réfléchir, il déclare à son frère :
— Ce sont les parents qui offrent les cadeaux ! À ton âge, je le savais déjà depuis longtemps !
— C'est pas vrai, tu mens ! s'écrie son frère.
— Si, c'est vrai ! Je peux même te le prouver.

Alors, Victor attrape son frère par le bras et l'entraîne derrière lui. Timéo crie. Victor l'amène au cellier, là où tous les cadeaux de Noël sont toujours cachés. Il le sait depuis qu’il a cinq ans. À cette époque, un chat errant s’était introduit chez Mamie et il lui avait couru après pour le caresser… Il avait atterri dans le cellier et s’était retrouvé, ébahi, face aux cadeaux.

— Regarde, tu vois ? Tous les cadeaux sont là.

Surpris, Timéo s'agite. Il saute sur les cadeaux et commence à déchirer les beaux emballages. Il est très excité. Victor tente de l'arrêter en lui attrapant la main. Il ne pensait pas qu'il réagirait ainsi.

— Stop ! Qu'est-ce-que tu fais ! Arrête ! Ils...
— Mais qu'est-ce qui se passe ici ? s'exclame Maman derrière eux.

Victor rougit, il sait qu'il a fait une bêtise. Il bégaie. Soudain, son frère éclate en sanglots.

— Chien ! Chien ? Chien ?!

Quand Timéo s'affole, il perd ses mots, se prend la tête dans les mains, se griffe. Les adultes appellent ça " une crise ". Ils disent que c’est dû à sa maladie. Cela terrifie toujours Victor. Même si son frère l’agace parfois, il l’aime beaucoup et n’aime pas quand il est dans cet état. Il se sent encore plus coupable. Maman ne fait même pas attention à lui et prend Timéo dans ses bras pour qu'il ne se fasse pas de mal. Elle l'emmène avec elle. Victor reste tout seul dans le cellier et s'assoit par terre, mal à l'aise et triste, au milieu des papiers cadeaux déchirés.

Il reste là longtemps. Il entend son petit frère crier, sa maman tenter de le calmer. Son papa et sa mamie rentrent des courses. Victor reste dans le cellier, il a peur de bouger. Il ferme les yeux quand la porte s'ouvre.

— Ce n'est pas très bien ce que tu as fait aujourd'hui, dit la voix douce de sa Mamie.
Il ouvre les yeux, surpris :
— Tu n'es pas fâchée ?
— Moi, non. Mais, toi, tu sembles bien fâché… contre toi même. Je me trompe ?
Victor acquiesce. Il a soudainement envie de pleurer. Mamie le prend dans ses bras.
— Je ne voulais pas lui faire de mal. C'est juste que des fois, j'aimerais... J'aimerais qu'il soit normal, quoi, murmure Victor, tout penaud.
Sa mamie caresse sa tête.
— Ta maman aime les robes jaunes. Ton papa porte des lunettes rouges. Et moi, j'ai des cheveux bleus. Tu crois que c'est normal ?
— Et moi ?
— Toi, tu aimes manger des bâtons de colle. Tu connais beaucoup d’autres enfants qui mangent des bâtons de colle ?
Victor rit et enfouit sa tête dans le pull de sa grand-mère.
— J'aimerais bien aider Timéo, fait Victor.
— Oui, c’est une bonne idée. À quoi penses-tu ?
— Tu as bien dit que l'un de tes voisins avait une portée de chiots ? On pourrait...
— Je vois où tu veux en venir, l’interrompt Mamie. Mais tu sais bien que tes parents ne sont pas d’accord…
— Je dirai que c'était mon idée, insiste Victor.
— Tes parents vont m'en vouloir...
— Promis, j'irai le promener. Et je lui donnerai à manger. Et je montrerai à Tim comment faire. S'il te plaît, s'il te plaît Mamie !

Mamie fait semblant de réfléchir… et Victor sait qu'il a gagné. Elle lui demande d'aller chercher son manteau tandis qu'elle va dire à ses parents que Victor et elle ont une dernière course à faire.

Une heure plus tard, lorsque Victor revient timidement avec un petit chiot noir dans ses bras, les cris de son petit frère s'arrêtent enfin. Timéo le regarde avec ses grands yeux étonnés. Il s'en approche doucement et Victor sourit. Il aime bien la tête de son frère quand il est content. Leurs parents les regardent, attendris. Victor tend le petit chien à Timéo et dit doucement :
— Attention Tim, il ne faut pas le serrer trop fort. Et il ne faut pas crier non plus : ça risque de lui faire peur.
Timéo met son index devant sa bouche comme pour dire " chut " et se saisit du chiot avec toute la délicatesse dont il est capable.
— Il s’appelle comment ? chuchote Timéo.
— Comme tu veux, dit son grand frère, c’est le tien.
Les yeux de Timéo clignent à nouveau :
— Noël. Je veux qu’il s’appelle Noël.

Victor sourit : il aime bien ce nom et il est content d’avoir su apaiser son frère. Il se tourne un peu gêné vers ses parents, dans l’attente de leur accord. Ces derniers se regardent et acquiescent :
— Si c’est vraiment ce que vous voulez… C’est d’accord !

Victor saute de joie et Mamie lui sourit, complice. Maman serre fort Victor dans ses bras et le félicite pour sa bonne idée. Elle approche la main de Noël, qui jappe. Elle sursaute.
— Il faut être douce, Maman ! chuchote Timéo.
Et toute la famille se met à rire.



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Illustration de Pablo Vasquez
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zagatub
Image de Marièke Poulat

Marièke Poulat

J'écris des histoires depuis que j'ai 8 ans : mon premier livre parlait de requins. Je l'avais écrit et illustré, il était inspiré des figurines des Kinder Surprise. Aujourd'hui, à 26 ans, je suis rédactrice et community manager. Et je continue à écrire des histoires courtes ou un peu ...   [+]

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Le p'tit plus de Bob

Lorsque les chiots naissent, ils ne voient pas, n’entendent pas et ne sentent pas ! Cet état de naissance dure environ une semaine. Une semaine durant laquelle ils se blottissent contre leur mère pour dormir et téter. Pour faire sortir le lait des mamelles, ils se servent de leurs pattes avant.
Il peut y avoir jusqu'à vingt chiots dans une seule portée, mais c’est vraiment exceptionnel !

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