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Augustin et la baleine siffleuse

Céline Santran

Augustin était un garçon très malin. À neuf ans, il avait déjà inventé la machine à dégonfler les pastèques, le stylo qui écrit tout seul et le sac à dos pour pigeons voyageurs.
Un matin, alors qu’Augustin était occupé à dessiner à son bureau, Eugénie, sa maman déboula dans sa chambre :
— Augustin, arrête tes gribouillages, prends tes tongs et tes lunettes, nous allons pique-niquer à la plage !
Augustin fronça les sourcils et gronda :
— D’abord, ce ne sont pas des gribouillages, ce sont les plans ultra-secrets de ma nouvelle fusée intergalactique, et ensuite, j’ai pas envie de sortir !
— Mais enfin, Augustin, c’est dimanche, il fait un temps splendide, il faut t’aérer un peu la tête !
Elle s’approcha et passa sa main dans ses cheveux :
— Sinon, à force de trop réfléchir, ça va fumer là-dedans, et puis ça va finir par exploser ! En plus, j’ai préparé ton dessert préféré.
— Le cake de carottes au gingembre ? demanda Augustin en se mettant tout à coup à saliver.
— Avec une pointe de cannelle, comme tu aimes, compléta Eugénie. Allez, en route, on va se régaler !
Arrivé sur la plage avec toute sa famille, Augustin s’installa confortablement à l’ombre du grand parasol. Il commença par s’attaquer aux chips à l’oignon qu’il engloutit en un temps record.
— Ne mange pas si vite, prévint Eugénie, c’est mauvais pour la digestion !
— Mouich mais ché tellement bon ! répondit Augustin la bouche pleine.
Puis il attrapa un œuf dur et le saupoudra délicatement d’un peu de sel et de poivre. Mais soudain, Augustin se figea telle une statue avec la poivrière dans la main : un bruit étrange s’approchait de la plage, comme le bruit sourd d’une sirène dans un tunnel. 
Le bruit semblait venir du large et se rapprochait à la vitesse d’un mammouth affamé lancé au triple galop.
Habitué à réfléchir en quatrième vitesse, Augustin ne mit pas longtemps à comprendre. Il écarquilla les yeux et s’écria :
— Aaaaaaaah !!! C’est la baleine siffleuse ! Elle va nous avaler tout cr…
Augustin n’eut même pas le temps de terminer sa phrase qu’une gigantesque baleine était sortie de l’eau et avait gobé Augustin et toute sa famille, avant de repartir comme une fusée dans les profondeurs de l’océan.
— Bouhouuuu, il fait tout noir là-dedans ! lança Agathe, la petite sœur d’Augustin. Pouah ! Et ça sent mauvais ! Mais où est-ce qu’on est ?
— Dans le ventre de la baleine siffleuse ! répondit Augustin, qui tenait toujours la poivrière dans sa main.
— Mais, mais… mais, ce n’est pas possible ! hurla Eugénie si fort que tout l’estomac de la baleine se mit à trembler. Augustin, toi qui as toujours des idées géniales, c’est le moment de trouver celle qui nous fera sortir d’ici !
— Mais euh.... je sais pas, moi… Faut je réfléchisse… C’est que je n’ai pas encore fini les plans de ma fusée intergalactique… Il me manque le propulseur à essence de mayonnaise. Ah ! si seulement j’avais pris mon lanceur de balles en gélatine, ça aurait pu servir… Voyons, réfléchissons…
— Oui, eh bien réfléchis vite ! gronda Agathe.
— C’est que ce n’est pas facile dans le noir ! se lamenta Augustin en remuant la poivrière qu’il tenait toujours dans sa main.
Le ventre de la baleine se mit à remuer. Et le regard d’Augustin s’illumina d’un coup :
— Mais oui ! Le poivre ! C’est ça la solution ! Le poivre, ça irrite la gorge, ça pique le nez, et ça fait… éternuer ! Attention ! lança Augustin, préparez-vous pour le vol plané du siècle !
Le garçon grimpa à tâtons jusqu’à la bouche de la baleine, vida le poivre qui lui restait le plus près possible des deux tunnels qui menaient à son nez et redescendit en se laissant glisser à toute vitesse.
La baleine ne tarda pas à s’agiter, inspira plusieurs fois par à-coups, et finit par éternuer aussi fort qu’un troupeau d’éléphants enrhumés.
Augustin fut projeté loin avec sa petite sœur et ses parents et atterrit sur la plage, le nez dans le sable, complètement sonné, mais libre !
– Bravo Augustin, s’écria Eugénie en se relevant pour aller l’embrasser. Tu as réussi ! Tu vois, les idées les plus géniales sont souvent les plus simples ! Dorénavant, nous sortirons toujours avec un peu de poivre dans la poche, on ne sait jamais !

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Illustration de Pablo Vasquez
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Céline Santran

Professeur d’anglais et traductrice, j’écris depuis plusieurs années toutes sortes d’histoires, en français comme en anglais, pour un public de grands et de moins grands. Ma devise ? Tant que l’on a des rêves, rien n’est impossible 

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