— Ça y est, ça y est ! s’égosille Petite Griffe en déboulant dans la chambre de ses parents.
Elle saute sur le lit, soulève la couette en peau de mammouth, roule sur le gros ventre rond de Papa et se perd dans l’abondante chevelure cuivrée de Maman.
— Oh ! Qu’est-ce qu’il y a Petite Griffe ? demande Maman en se réveillant.
— Les Poils Gris ont parlé, regardez !
Elle ouvre grand le rideau et laisse le froid soleil hivernal pénétrer dans la hutte. Dehors s’étend un ciel d’un blanc laiteux.
— Ouma-Ouma va pleurer ! dit Petite Griffe en arborant un grand sourire auquel il manque une dent, récemment tombée.
Les Larmes d’Ouma-Ouma ! Pour la tribu des Hirsutes, c’est un grand événement ! Le plus important de l’année. Car quand les larmes scintillantes d’Ouma-Ouma tombent du ciel et recouvrent de neige la vallée Ma-Crognon, une grande fête est donnée en l’honneur du renouveau : la fin d’une année et le début d’une nouvelle !
Petite Griffe, fille de Patte d’Ours et de Fleur Pensive, est tout excitée d’y participer, cette année encore plus que les précédentes. Elle va enfin pouvoir prétendre au statut de guerrière de la tribu. Enfin, si elle arrive à faire ses preuves…


* * *


Réunie au sommet du Mont Trognon, toute la tribu des Hirsutes attend l’heureux événement : on s’est fait beau, bien coiffé, tout propre et tout apprêté ! Petite Griffe, quant à elle, a mis son plus beau trésor autour du cou : une jolie clochette, un objet précieux qui tinte à chacun de ses mouvements !

Soudain, un doux baiser glacé se pose sur sa joue… Elle l’essuie d’une main. C’est une larme d’Ouma-Ouma : un flocon ! Ça y est, il neige !

— Il neige ! Il neige ! crie Petite Griffe. Regardez les flocons !
— Oui, je les vois ! dit un homme de la tribu. Là-haut, le beau flocon blanc !
— Et là-bas, un autre !
— Et là, et là ! Oh ! Comme c’est beau !

Rapidement, le ciel est envahi de flocons, blancs, légers comme les pétales des fleurs de pommiers. 
Petite Griffe lève à son tour le doigt vers le ciel.
— Et là-bas, un beau flocon rouge !

Tous s’étonnent. Un flocon rouge ? Que raconte-t-elle ? Mais non, c’est bien ça ! C’est bien un flocon rouge… Et plutôt de bonne taille ! Il tombe, tombe à toute vitesse, en poussant un grand cri ! Boum ! Il s’écrase dans un bosquet de géraniums.

Prudemment, la tribu s’approche… Et voilà le flocon qui se relève, s’agite et époussette son pantalon !

— Où… Où suis-je ? demande ce dernier l’air éberlué.

Car, en fait de flocon, il s’agit plutôt d’un jeune garçon, tout de rouge vêtu, à la chevelure ébouriffée, parsemée de flocons. Il caresse doucement sa longue barbe blanche…


 * * *

— Peut-être est-ce le dieu Soleil qui est descendu du ciel ?
— Quels drôles de vêtements il porte… Serait-ce la toison d’un animal ?
— Et cette barbe ! Comment peut-on être si jeune et avoir une barbe !
— Silence ! tonne Grand-mère Sans Dents, cheffe de la tribu.

Dans la grotte Totem, le silence se fait. Le garçon, assis au centre du conseil des Poils Gris – les anciens de la tribu –, regarde avec étonnement tous ces gens étranges, vêtus de peaux et de fleurs.

— Quel est ton nom, mon enfant ? demande gentiment Grand-mère Sans Dents.
— Je m’appelle… Je… J’ai oublié ! dit le garçon, les yeux écarquillés.
— Oublié ? Hum… C’est peut-être à cause du choc sur ta tête, réfléchit Grand-mère Sans Dents. En tout cas, il te faut un nom ! Voyons voir… Tu es arrivé avec la neige et tu es un garçon, alors nous t’appellerons… Garçon Flocon !

Et tout le monde d’acquiescer à cette idée.

— Alors, dis-moi, Garçon Flocon, continue Grand-mère, d’où viens-tu ?
— De… De la ville, je viens de la ville !

Chacun des membres du conseil émet un hoquet de surprise !
La Ville ?! Tout le monde a entendu parler de la Ville, mais elle est au-delà des montagnes, derrière le Bout du Monde ! C’est impossible d’y aller !

— J’allais rendre visite à Ouma-Ouma pour les fêtes de fin d’année, continue Garçon Flocon, et ensuite… Ensuite j’ai oublié…

Un nouveau concert de hoquets traverse la grotte. On dirait un concert de grenouilles ! Rendre visite à Ouma-Ouma, jusque dans le ciel ?! Non, c’est impossible ! Mensonges, calomnies !
— Silence ! Silence ! tonne Grand-mère Sans Dents.
— Pouvez-vous m’aider ? Pourriez-vous me raccompagner chez moi ? s’inquiète Garçon Flocon.
— La route est très dangereuse… Il faut traverser les plaines, gravir la Montagne Rouillée, échapper à son gardien, et là seulement, on arrive au Bout du Monde… que personne n’a jamais pu franchir ! Il faudrait un guerrier bien courageux pour t’accompagner. Mais qui donc ici serait assez valeureux pour relever ce défi ?

À ces mots, des regards inquiets s’échangent dans la grotte. Les guerriers sont courageux, certes, pour chasser le tigre à dents de sabre ou le mammouth à grandes défenses. Mais pour braver la Montagne Rouillée et son gardien, c’est une autre histoire. Sans parler de la Ville, son bruit, son tumulte, ses étranges machines !

Dans la grotte, le silence est palpable, les plus grands guerriers observent le plafond ou se grattent le menton…
Soudain, brisant le silence, une petite voix s’élève :
— Moi, je veux bien !

Tous les regards se tournent vers le guerrier suffisamment courageux, ou suffisamment fou pour accepter une telle mission. Qui est donc ce grand héros ?

— C’est moi, Petite Griffe ! dit la petite fille à la clochette. Je veux bien accompagner Garçon Flocon !
— Mais… commence Patte d’Ours, son papa.
— Ma décision est prise ! Ne suis-je pas en âge de faire mes preuves ? Maman n’avait-elle pas vaincu un mammouth à mon âge ? Je prouverai que je suis aussi valeureuse qu’elle !

Dans la grotte Totem, des murmures approbateurs s’élèvent. Petite Griffe fait preuve d’un courage exemplaire ! Le jeune garçon est lui aussi impressionné par la fougue qui émane de la fillette ! 
Grand-Mère Sans Dents sourit.
— Qu’il en soit ainsi ! Petite Griffe, tu accompagneras Garçon Flocon jusque chez lui, jusqu’à la Ville au Bout du Monde. Ainsi, vous éluciderez peut-être ensemble le mystère de ses origines ! Qu’Ouma-Ouma te protège, courageuse héroïne !

* * *


— Dépêche-toi un peu ! Nous n’arriverons jamais à la Montagne Rouillée à ce rythme-là ! dit Petite Griffe en foulant hardiment la neige.
— Tu marches drôlement vite ! Sommes-nous bientôt arrivés ?
— Tu vois ces rochers, là-bas ? Ce sont les racines de la montagne. Nous devrions y arriver dans la soirée, si nous ne faisons pas de mauvaises rencontres… dit Petite Griffe en scrutant le paysage.
— De mauvaises rencontres ? demande Garçon Flocon soudain inquiet. Comme quoi par exemple ?
— Comme le tigre à dents de sabre, le cerf au nez rouge, ou l’ours géant des collines ! Des bêtes terribles !
— Hum, et ce cerf au nez rouge… À quoi ressemble-t-il ?
— Eh bien, à un cerf… avec un nez rouge !
— Hum, un peu comme… ça ? dit Garçon Flocon en pointant quelque chose dans le dos de la guerrière.
— Comme quoi ? demande-t-elle en se retournant.

Petite Griffe hurle de surprise. Derrière elle se trouve le terrible cerf au nez rouge ! Aussitôt, elle prend ses jambes à son cou et grimpe au sommet d’un arbre !

— Dépêche-toi, Garçon Flocon ! crie-t-elle. Suis-moi !
Derrière elle, Garçon Flocon est assis dans la neige, et rit à gorge déployée tandis que le cerf, qui s’est approché de lui, le renifle bruyamment !
— Ah ! Ah ! Du calme mon gros, du calme ! dit Garçon Flocon en lui caressant le flanc. Tu vas encore en avoir, n’aie pas peur.

Il tient dans sa main un paquet de friandises et en donne quelques-unes au cerf au nez rouge.

— C’est bon Petite Griffe, dit-il en se retournant, il n’est pas méchant. Il aime simplement les bonbons !

Petite Griffe descend prudemment. Le cerf brame, s’approche d’elle et lui donne un gros coup de langue sur le visage !

— Beurk ! C’est tout collant ! Qu’est-ce que tu lui donnes à manger ?
— Des sucres d’orge ! Tout le monde mange ça pour les fêtes à la ville !
— Ah oui ? Quelle drôle d’idée ! Nous, pour les fêtes, on mange de la viande crue et des baies gelées !
— C’est tout aussi étrange… Mais bon, toutes les coutumes se valent, je pense !

À ces mots, le cerf, qui a fini de déguster les derniers sucres d’orge, s’approche. À l’aide de ses bois, il attrape les enfants et les pose sur son dos !

— Que fait-il ? demande Petite Griffe, inquiète.
— On dirait qu’il veut nous remercier pour les sucreries !

Le cerf se tourne vers la montagne et brame.

— Oh ! s’exclame Garçon Flocon. On dirait qu’il veut nous emmener jusqu’à la Montagne Rouillée !
— Alors ne perdons pas de temps, dit Petite Griffe. En avant, Cerf au nez rouge !


 * * *

Sur le dos du cerf bienveillant, Petite Griffe et Garçon Flocon parcourent la plaine morcelée qui les sépare de la montagne. Ils passent sous les ombres calmes d’un bosquet de pins verdoyants, enjambent un ruisseau à l’eau claire, longent d’étranges sculptures humanoïdes couvertes de mousses jaunes.

Les voilà finalement aux pieds de la Montagne Rouillée. Devant eux, l’impressionnante masse rocheuse s’élève jusqu’au ciel et disparaît dans les nuages.

Le cerf au nez rouge s’arrête devant d’énormes roches pourpres jaillissant du sol.

— Brrr, grelotte Garçon Flocon. Alors, nous y sommes ?
— Oui, répond Petite Griffe. Voici la Montagne Rouillée. Nous allons devoir la traverser pour arriver au Bout du Monde, et enfin à la Ville. Au revoir valeureux cerf, tu as été un bon compagnon !

Le cerf brame, s’ébroue et leur lèche une dernière fois le visage avant de s’en retourner vers ses plaines paisibles et ses forêts protectrices.

— Bon, dit Garçon Flocon en se tournant vers les cimes imposantes. Eh bien, allons-y !

Pour nos deux héros, l’ascension est très pénible. La Montagne Rouillée est composée d’un immense pierrier. D’étranges cailloux, rouillés, entassés les uns sur les autres, rendent la marche périlleuse.

Au bout d’une heure de pénible avancée, Garçon Flocon s’arrête, exténué. Il se sent mal à l’aise, comme si une présence hostile les observait, dissimulée…

— Ah ! Je n’en peux plus ! Cette montagne est bien trop difficile à franchir ! dit Garçon Flocon en s’écroulant à même le sol.
— Je t’avais prévenu ! Mais il ne faut pas traîner. Nous risquons de tomber sur le Gardien… et lui, mieux vaut l’éviter ! dit-elle en jetant des coups d’œil inquiets aux alentours.
— Qui est ce gardien, exactement ? demande Garçon Flocon en ramassant un caillou rouillé au sol.
— Une créature terrible et vorace, qui se saisit de ceux qui s’égarent dans la montagne. On ne les revoit plus jamais !
— C’est terrible, il faut… Eh ! Attends un peu ! s’exclame notre héros en observant le caillou avec lequel il était en train de jouer. Regarde, ce n’est pas un caillou, c’est un camion de pompier !
— Un quoi ?
— Un camion de… Un jouet si tu préfères ! Mais il est tout rouillé !

Curieux, le garçon ramasse un autre caillou de la montagne. Cette fois, c’est une poupée ! Et là, un robot boxeur ! Encore un autre : un dinosaure mécanique !
— La montagne, commence Garçon Flocon… toute la Montagne Rouillée n’est composée que de vieux jouets ! C’est pour cela qu’elle rouillait !

— Mais d’où viennent-ils ? demande Garçon Flocon. D’où viennent tous ces jouets ?
— Je l’ignore, dit Petite Griffe en regardant avec méfiance une poupée. Peut-être tombent-ils du ciel, comme toi…

Soudain, un tremblement fait vibrer la montagne. La poupée que Petite Griffe tient dans la main se met à s’agiter… et la mord !

— Hé ! crie Petite Griffe en lâchant la poupée.

Alors que la montagne continue à trembler, la poupée, tombée au sol, se redresse sur ses petites jambes potelées. D’autres jouets vieux et rouillés s’agitent, se regroupent et s’entassent jusqu’à former une immense colline humanoïde : une énorme tête, de longs membres articulés, et une gigantesque bouche ! Un véritable géant de jouets !

— Graaaaaouh ! grogne le géant en crachant des jouets. Je suis le Gardien, protecteur des jouets abandonnés ! Qui ose venir nous déranger dans notre sommeil ?

Tremblant comme une feuille, Garçon Flocon s’avance.

— Ce n’est que moi, dit-il d’une petite voix, Garçon Flocon ! Et voici mon amie, Petite Griffe ! Nous désirons simplement traverser ta montagne, ô grand géant des jouets !
— Requête refusée ! s’exclame le Gardien d’une voix de stentor.
— Pourquoi ? s’offusque Petite Griffe.
— Regardez-nous, nous sommes cassés, vieux et inutiles. Nous sommes des jouets abandonnés, plus personne ne veut de nous ! Où est passé l’amour que nous avons un jour reçu ? Où sont les attentions qui nous ont été un jour portées ? Envolées, disparues comme la neige après l’hiver ! Et maintenant nous sommes seuls, plus personne ne se soucie de nous. Pourquoi devrions-nous nous soucier de vous ? Alors non ! s’écrie le Gardien. Vous ne passerez pas la Montagne Rouillée !
— Attendez une seconde ! dit Garçon Flocon dans l’ombre du géant. Vous n’êtes pas inutiles !
— Je t’écoute, petit.
— Il y a plein d’enfants en bas, dans la vallée, continue le Garçon Flocon. Vous pourriez y descendre et vivre ensemble ! Construire… le village des jouets !
— Le village des jouets ? gronde le Gardien.
— Ça sonne bien, approuve une peluche écureuil à qui il manque une patte.
— Je pourrais ouvrir un commerce ! lance une dînette fêlée.
— Et moi je serai chef d’orchestre ! J’en ai toujours rêvé ! ajoute le singe à cymbales.
— Alors c’est décidé, confirme le Gardien. Nous descendrons dans la vallée et nous fonderons le Village des Jouets !
— Excellente décision ! s’exclame Garçon Flocon.
— J’ai hâte de venir vous saluer, chers nouveaux voisins ! se réjouit Petite Griffe.
Un murmure de gratitude parcourt la masse de jouets.
— Mais avant ça, dit la poupée, pour vous remercier de cette belle idée, nous allons vous aider à franchir la montagne. Jouets, rassemblez-vous !

Et, dans un grondement, les jouets s’écartent, formant un immense tunnel qui traverse la montagne !

— Avancez tout droit, indique la poupée, marchez jusqu’à ce que le soleil affleure l’horizon, et vous trouverez la sortie pour le Bout du Monde… Et après, peut-être, la Ville !

* * *

 

Un vent froid accueille Petite Griffe et Garçon Flocon à la sortie du tunnel. Derrière eux, les jouets de la montagne s’agitent et leur disent au revoir. Petite Griffe et Garçon Flocon saluent leurs nouveaux amis et se tournent vers le Bout du Monde. C’est une nuit noire, percée de quelques étoiles colorées, qui s’étend devant eux.

— Voilà, dit Petite Griffe, nous sommes arrivés.
— Où est la ville ? Je ne vois rien.
— Patience, ça va se lever… annonce Petite Griffe.
Effectivement, quelques instants plus tard, quelque chose clignote dans le ciel et chasse les ténèbres de la nuit. Et la Ville au Bout du Monde apparaît ! Ébahis, Petite Griffe et Garçon Flocon contemplent une chambre d’hôpital dont la lumière au plafond vient de s’allumer.
Par la porte ouverte, ils voient des gens courir en tous sens dans le couloir, des brancards passant à toute vitesse. Dans la chambre, des machines mystérieuses aux nombreuses lumières ronronnent et soupirent dans leur sommeil mécanique… Une infirmière passe la tête par la porte et jette un œil dans la chambre. Elle vérifie que tout va bien, sourit et retourne à son service.

— Madame, s’il vous plaît ! appelle Garçon Flocon.

La porte claque, l’infirmière ne l’a pas entendu.

— Attendez ! s’écrie Garçon Flocon en s’élançant en avant.

Mais aussitôt, il se cogne, quelque chose l’empêche d’avancer. Une épaisse paroi de verre se dresse, abrupte, devant lui. Le Bout du Monde…

— Je te l’avais dit. Personne ne peut aller plus loin… dit Petite Griffe.

Déboussolé, Garçon Flocon tourne son regard vers le reste de la chambre.
Au centre de la pièce, une vieille dame est endormie dans un grand lit, sous une fenêtre depuis laquelle une chatte blanche observe la neige tomber. La vieille dame tient la main d’un petit garçon, endormi lui aussi. La tête posée sur le lit, tout de rouge vêtu, il porte une longue barbe blanche…

— Mais… Mais c’est moi ! s’exclame Garçon Flocon en reconnaissant le petit garçon. Et cette vieille dame, c’est ma grand-mère ! Ouma-Ouma ! Ça y est, je me souviens ! Je venais lui rendre visite, déguisé en père Noël. J’ai dû m’endormir sur son lit en attendant qu’elle se réveille. Quelle drôle d’histoire ! Grand-mère, Grand-mère c’est moi, Jérémy ! Tu m’entends ?

Mais pas de réaction : Ouma-Ouma ne l’entend pas. La paroi de verre bloque toute communication. Soudain, il comprend !

— Une paroi de verre, la tribu des Hirsutes, des flocons dans une vallée… Ça y est, j’ai compris !
— Comment ça ? s’étonne Petite Griffe.
— Nous sommes dans une des boules à neige de Grand-mère ! Elle en a toute une collection dont elle ne se sépare jamais, et elle me les montre toujours quand je viens la voir à Noël. Elle en prend une sur son étagère, la secoue devant moi, et alors que la neige tombe sur le paysage, Grand-mère me raconte l’histoire de la boule…

Les yeux de Garçon Flocon s’écarquillent. Son étagère... Il regarde la surface qui s’étend au-delà du Bout du Monde, et sur laquelle ils semblent posés.

— Petite Griffe, aide-moi à pousser !

Dans la chambre, la chatte quitte le rebord de la fenêtre et bondit à proximité d’eux. Immense, elle penche, curieuse, ses yeux émeraudes sur eux. Son collier à clochette tinte tandis qu’elle les observe.

— À pousser ? questionne Petite Griffe en s’approchant alors que la clochette tinte de plus belle.
— Pousse avec moi, pousse sur le verre, si nous arrivons à faire osciller la boule suffisamment, nous pourrons la faire tomber et en sortir !

Et tous deux se mettent à pousser, à sauter et à remuer dans tous les sens dans cette boule à neige au décor de conte de fées !

Et la voici qui tangue, qui oscille, qui vacille, qui bascule…
Et qui chute ! À toute vitesse vers la tête du garçon endormi !

* * *


— Aïe ! dit Jérémy en se frottant le crâne.

Il ouvre les yeux. Une boule à neige vient de lui tomber dessus ! Sur son socle, il déchiffre l’inscription « Un Noël Préhistorique ». Au-dessus de lui, sur l’étagère à boules à neige, Petite Griffe, la chatte blanche, le contemple de ses grands yeux verts.

— Petite Griffe, rouspète-t-il, que fais-tu là-haut ? C’est toi qui as poussé la boule à neige ?

Soudain, tout s’éclaire ! La vallée Ma-Crognon, la tribu des Hirsutes, Grand-mère Sans Dents, le cerf au nez rouge !

Jérémy s’empare de la boule à neige et l’observe attentivement. 
Tout est là ! Dans les moindres détails ! Les habitants du village, la vallée, la montagne !

Prudemment, Jérémy remet la boule sur l’étagère. La neige retombe à l’intérieur et blanchit petit à petit le décor. Les larmes d’Ouma-Ouma recouvrent à nouveau le paysage paisible. Et la petite figurine d’une courageuse guerrière, lui fait un dernier signe depuis le sommet d’une montagne autrefois rouillée. La boule à neige retrouve sa place sur l’étagère. À ses côtés, Jérémy en découvre une nouvelle. « Le Village des Jouets » annonce l’étiquette.

— Mon petit Jérémy, résonne doucement la voix de sa grand-mère, comme c’est gentil de me rendre visite pour les fêtes. Oh, quel beau déguisement de père Noël ! Tu as même pensé à la barbe !
— Grand-mère Ouma-Ouma ! crie Jérémy en se jetant dans ses bras.
— Du calme, mon petit hirsute, du calme… Tu sembles tout excité et ton cœur bat la chamade… Viendrais-tu par hasard de vivre une aventure ? demande-t-elle avec un clin d’œil complice.
— Grand-mère, c’était super, laisse-moi te raconter ! Ça se passait à la préhistoire, dans une vallée lointaine, où les habitants prenaient la neige pour les larmes d’une déesse ! Et un jour, un petit garçon tout vêtu de rouge avec une longue barbe blanche tombe du ciel…

La voix de Jérémy s’emballe alors qu’il raconte son incroyable aventure à sa grand-mère, sous l’œil de Petite Griffe, la chatte, qui, bien au chaud au-dessus du radiateur, fait sa toilette sur l’étagère des boules à neige aux mille histoires.

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Illustration de Loric Garriguenc
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Image de Tanguy Mandias

Tanguy Mandias

Tanguy Mandias est né à une époque où internet n’existait pas, où les Pokémons étaient beaucoup moins nombreux et où les téléphones portables ressemblaient à des briques en plastiques. Il aime la mer, les siestes au soleil, les jeux-vidéo et se baigner dans l’océan. Il aime aussi ...   [+]

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Noël est une fête religieuse chrétienne célébrant chaque année la naissance de Jésus, commémorée par des messes spéciales, des échanges de cadeaux et de vœux. Noël est la deuxième fête la plus importante du christianisme, après Pâques. La date du 25 décembre coïncide avec des fêtes plus anciennes liées au solstice d'hiver. Noël est aussi fêté par un grand nombre de personnes non chrétiennes. description

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