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Les épinards de Max-Enguerrand (1)

Primo, moi c’est Léo. Tout court. Ça sonne, ça claque, c’est moi. Léo. Et le premier qui s’avise de m’appeler Léonard… Il va pleurer sa mère pendant un moment… J’aurai prévenu.
Deuzio : Ici, c’est mon blog. Alors d’entrée, voilà ce que vous ne trouverez jamais ici :

  • La recette de la tartiflette aux oignons confits et avec elle, toutes les recettes expérimentales que ma mère teste sur moi, mon père et mes sœurs depuis des années (sauf si c’est pour se moquer, faut bien rire un peu).
  • Les prévisions météo de Sainte-Germaine-des-Bois ou Villenouvelle-les-Roubinettes.
  • Les versions de latin de Mme Bonaventure (ma prof de latin, pour les lents du ciboulot, évidemment, pas ma prof de couture…).
  • Les gribouillis de ma petite sœur.
  • Les revendications écologistes de ma grande sœur (parce qu’en plus d’avoir une petite sœur hurleuse shootée aux petits pots Nestlé, j’ai aussi une grande sœur militante qui rêve d’un monde où les chèvres rieuses et les moutons galopeurs vivraient en harmonie avec des êtres humains amoureux de la Nature avec un grand N…)
  • Les résultats des championnats de de mon village, c’est déjà trop la honte d’habiter le seul bled de France qui cartonne en compèt’ de majorettes, je vais pas en plus vous donner son nom et celui de mon département par-dessus le marché…

Voilà. Je prends personne en traître, je pose juste le décor…

Par contre, sur mon blog, vous aurez de grandes chances de partager mon humeur du jour. Alors forcément, si ça tombe un jour où j’ai mangé un 3 en histoire-géo, ou encore un jour où ma mère a eu la riche idée de tester sur mes pauvres intestins ses tripes aux lentilles à la mode de Cambrai-les-Mortadelles, évidemment, je risque d’être un tout petit peu chiffon, pour ne pas dire carrément vénère

Bon, ok, je noircis un peu le tableau, pas très cool comme entrée en matière, d’autant qu’aujourd’hui, pour mon premier article qui va inaugurer ce blog, je suis plutôt d’humeur joyeuse. Alors j’ai envie de vous faire partager une idée qui m’est venue cet après-midi, pendant la récréation, au moment où mon pote Mattéo était en train de se creuser la tête pour trouver une excuse valable à donner à Mme Perrichon, la prof de maths, pour expliquer qu’il n’avait pas fait son devoir à la maison. En gros, ça donnait à peu près ça :

Moi : Et si tu disais : « Mon père a été attaqué par une hyène enragée, du coup on a dû l’enterrer mais un nain de jardin nous a piqué la pelle… »
Anthony : Enterrer son père ?!
Moi : Mais non, la hyène, rhoooo le nase, suis un peu !
Paul : Ou alors, tu dis : « Le doberman de mon voisin s’est endormi sur ma copie, j’allais quand même pas le réveiller… »
Victor : Ah ah ! Très drôle celle-là !
Paul : Sinon y’a aussi : « Lorsque je me suis endormi sur les coups de trois heures du matin après avoir fini ma traduction de Harry Potter en japonais, mon lapin nain a oublié de me rappeler, comme je le lui avais pourtant demandé, de faire mon devoir maison de maths, c’est lui qu’il faut punir ! »
Mattéo : Sérieusement, les mecs, qu’est-ce que je peux dire ?
Moi : Je sais ! Si tu veux avoir une chance, il faut lui parler le même langage qu’elle ! C’est une fanatique de l’algèbre, une folle furieuse de la calculette, alors tu lui parles addition, chiffres, opérations ! Du genre : « J’ai étudié la probabilité de ne pas avoir de punition en posant l’équation de la somme de votre gentillesse multipliée par votre compréhension au carré, le tout divisé par le risque minuscule de bla bla bla, blablabla », enfin tu vois ? Tu utilises des termes qu’elle aime pour lui montrer que tu t’intéresses aux maths !

Il voyait tellement pas, Mattéo, qu’il s’est emmêlé les pinceaux en essayant de répéter ce que je lui avais dit.
En gros, ça donnait à peu près ça :

— Euh, madame… J’ai soustrait votre gentillesse à votre compréhension, ensuite j’ai multiplié les heures de colle avec le devoir que j’ai perdu et… et… Ça a donné… euh…
— Ça a donné… ça a donné… une interro surprise pour tout le monde ! a claironné Mme Perrichon très fière de son sens inné de la répartie.

Je sais ce que vous allez me dire : pourquoi dans ces conditions, suis-je donc d’humeur joyeuse ?

Tout simplement grâce à Max-Enguerrand. Comme je vous imagine déjà en train de vous abîmer les yeux à essayer de relire ce prénom des bois qui tue, il faut que je vous explique un peu.

Max-Enguerrand, c’est un peu le boulet de la classe. Mais un gentil boulet quand même. Et puis, on n’est pas des brutes, on est même plutôt sympas dans la classe, on a pris le parti de se dire qu’avec un prénom pareil, le mec, il part déjà avec un tel handicap qu’on va pas lui en rajouter une couche. Bref, si on m’avait dit qu’un jour Max-Enguerrand me sauverait in extremis d’une interro surprise qui sentait bon le zéro pointé, je l’aurais jamais cru… C’est pourtant ce qui s’est passé. Notre brave Max-Enguerrand a l’estomac fragile (heureusement qu’il est jamais venu manger à la maison…) et il a eu la géniale idée de ne pas digérer les épinards de la cantine, et l’encore plus géniale idée de virer au vert pâle, puis au bleu indigo, pour finir par un blanc navet, juste avant de rentrer en cours de maths. Ce qui fait que moi, Léo, délégué de la classe, j’ai dû l’accompagner fissa à l’infirmerie, m’évitant ainsi l’interro surprise.

Et Max-Enguerrand, quand il s’y met, il fait pas dans la dentelle et il a comme qui dirait pas eu le temps d’arriver indemne à l’infirmerie, enfin c’est surtout mon sweat tout neuf qui est pas ressorti indemne dans l’histoire, si vous voyez ce que je veux dire… Je savais pas que les épinards, ça peut vous faire de ces couleurs improbables quand ça ressort pas bien digéré… Du coup, l’infirmière a passé la première demi-heure à s’occuper de nous deux, parce que la vision et l’odeur du pâté informe que Max-Enguerrand m’avait étalé sur le sweat avait eu un effet légèrement contagieux sur mon propre estomac. Et elle a ensuite passé la deuxième demi-heure à courir dans tout le collège pour essayer de me dégoter un sweat de remplacement, histoire que je me chope pas en plus une pneumonie à me balader en tee-shirt dans les couloirs glacés du collège le reste de la journée…

Voilà comment on rate une interro surprise de la mort du diable… Y’a pas à dire,  !

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Illustration de Pablo Vasquez

44 VOIX

zagatub
Image de Céline Santran

Céline Santran

Professeur d’anglais et traductrice, j’écris depuis plusieurs années toutes sortes d’histoires, en français comme en anglais, pour un public de grands et de moins grands. Ma devise ? Tant que l’on a des rêves, rien n’est impossible !

Lire ses œuvres
Le p'tit plus de Bob

« Web log » ou « journal internet » ! Le blog est donc le journal de bord des temps modernes... On oublie le papier et l’encrier, on saisit son clavier et tap tap tap on écrit un article sur un sujet qui nous plaît ; clic clic on partage des photos, de la musique, des vidéos… Un blog est interactif : le monde entier peut lire et commenter les articles publiés par le blogger. Seul ton journal intime peut donc garder tes secrets… entre ses feuilles de papier !

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