Je rentrais du collège en passant par le parc, comme tous les jours, et soudain, il était là, devant moi.
C'était la première fois que je le voyais. Il était si beau que je me suis arrêtée à quelques mètres, bouche bée... Mon cœur battait à cent à l'heure !

Assis tranquillement sur un banc, il regardait les promeneurs l'air indifférent. J'aurais voulu aller lui parler mais avant que je ne m'approche de lui, il s'est levé et il est parti. Je n'ai pas osé le suivre... Alors je suis rentrée chez moi.

Toute la soirée, son image m'a poursuivie... Ses beaux yeux verts, son allure nonchalante. Je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose et il m'a fallu du temps pour finir mes devoirs...

Le lendemain, j'espérais tellement le revoir que j’avais comme une boule dans le ventre ! J'ai marché lentement, très lentement dans le parc jusqu'au banc où je l'avais aperçu la veille. Il était là !
Mon cœur a fait un bond dans ma poitrine en le voyant ! Je le trouvais encore plus beau que la veille !

Allongé, les yeux fermés, il semblait dormir.
Je me suis approchée de lui sans faire de bruit, m'arrêtant devant le banc. Doucement, j'ai avancé ma main, voulant le toucher, le réveiller, lui parler...
Mais il a soudain ouvert grand les yeux et m'a fixée, comme si il avait deviné ma présence ! J'ai sursauté et me suis reculée, honteuse qu'il m'ait surprise.
Il s'est levé, m'a lancé un dernier regard puis s'est éloigné.

Pendant trois jours, j'ai fait semblant de rien en passant devant lui au parc. J'avais tellement honte de moi que je me dépêchais de rentrer à la maison, sans m'arrêter pour le regarder. A chaque fois, j'avais l'impression qu'il m'observait mais je n'osais pas me retourner pour vérifier...

Durant le week-end, je n'ai pensé qu'à lui...
Il était si beau, j'avais vraiment envie de l'aborder, mais comment faire ? Et puis, j'ai eu une idée. Le lundi, en rentrant du collège, prenant mon courage à deux mains, je me suis assise sur son banc, à côté de lui.
J'avais mon goûter avec moi et j'ai commencé à le manger, comme si de rien n'était.
J'ai vu qu'il me regardait fixement alors, les mains un peu tremblantes, j'ai partagé mon goûter et je lui ai offert la moitié... Il s'est levé et est parti sans même y toucher...

Je n'allais pas me décourager pour si peu ! Peut-être n'aimait-il pas ce que j'avais préparé ? Le lendemain, je me suis assise sur le banc et lui ai tendu la moitié de mon goûter, une part de gâteau au yaourt fait maison...
Cette fois, il s'est jeté dessus comme s'il n'avait pas mangé depuis des jours ! J'étais si contente ! Puis, sans un mot, je me suis levée et je suis partie, avant qu'il ait fini de manger. Je ne voulais pas l'effaroucher.
Les jours suivants, nous avons recommencé le même manège. Je m'asseyais sur le banc, sortais mon goûter et lui en donnais la moitié. Pendant qu'il mangeait, je partais. J'avais l'impression que désormais, il m'attendait...

Au bout d'une semaine de ce petit jeu, je me suis dit qu'il fallait que je passe à l'étape suivante. En rentrant du collège, je me suis approchée du banc, bien décidée à lui parler...
Il n'était pas là !
J'ai scruté les alentours, me disant qu'il était peut-être sur un autre banc, mais rien. Il n'était pas là.

J'étais déçue. Moi qui avais rassemblé tout mon courage pour l'aborder, voilà qu'il me posait un lapin !
Enfin, c'est pas comme si on avait un vrai rendez-vous, mais c'était la première fois depuis des jours qu'il ne venait pas...

Et s'il lui était arrivé quelque chose de grave ? Et si en fait ma compagnie ne lui plaisait pas ? Et s'il ne revenait plus jamais ?

Je me suis assise sur le banc et, triste de ne pas le voir, j'ai fermé les yeux pour ne pas pleurer.

Soudain, j'ai senti une présence à côté de moi...

C'était lui, il était là ! J'étais si heureuse !

J'ai sorti mon goûter et lui ai donné.
Au lieu de se jeter dessus, comme d'habitude, il m'a regardée longuement puis est monté sur mes genoux et s'est frotté à moi... Quelle surprise ! Moi qui le trouvais si sauvage !
Je l'ai caressé et câliné puis nous sommes rentrés ensemble à la maison...
A ma plus grande joie, mes parents ont accepté qu’il reste avec nous.

C'était la première fois que j'adoptais un chat.


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Illustration de Miia Illustratrice

466 VOIX

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Image de Claire Joanne

Claire Joanne

Educatrice spécialisée, je travaille en foyer d'hébergement auprès de personnes ayant un handicap mental. Armée de ma plume et de mon imagination, je pars souvent, avec mon garçon de cinq ans, combattre l'ennui et les cauchemars en inventant des contes plus incroyables les uns que les ...

Lire ses œuvres
Le p'tit plus de Bob

...Une salopette se faire « remonter les bretelles » ou une marguerite « rougir comme une tomate »… C’est impossible n’est-ce pas ? C’est vrai, à moins qu’il ne s’agisse d’une personnification. Cette figure de style (sorte de principe d’écriture) consiste à attribuer des caractéristiques humaines à un animal, un objet ou une chose. C’est ainsi qu’au détour d’une phrase ou d’une page tu pourrais bien rencontrer des murs avec des oreilles et en rester bouche bée… autrement dit, muet comme une carpe !

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