Short Edition
Les sablés de Noël

Les sablés de Noël

C’est bientôt Noël et, au château, quelle agitation ! Tout doit être fin prêt pour le réveillon ! Les cuisiniers mélangent un plat en sauce, surveillent la cuisson d’un poisson, épluchent des légumes, font rôtir les volailles et préparent les bûches de Noël… Les valets et les femmes de chambre balaient les pièces, astiquent chaque recoin du palais, décorent les salles à manger et aèrent les chambres des invités.
Chacun y met du sien pour que tout soit parfait !

Lisette, aide-cuisinière, est embauchée pour faire les sablés de Noël. Des centaines et des centaines de petits biscuits à distribuer en guise de cadeaux aux invités du château.

Comme il n’y a plus de place dans la cuisine, on a installé la jeune fille dans le village, dans une petite chaumière attenante au palais. Les ouvriers lui ont construit un four. Les valets lui ont apporté une table, un tabouret et tous les ingrédients et ustensiles nécessaires à la fabrication des biscuits.

On lui a proposé de l’aider, mais elle a bien vu que tous étaient très occupés. Lisette a bon cœur, elle ne veut pas les déranger. Elle a assuré qu’elle réussirait toute seule à confectionner les sablés.

Alors, elle pétrit, étale et découpe des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! Une fournée prête à cuire…

Lorsque les biscuits sont bien dorés, elle les laisse refroidir puis elle les décore. Un beau glaçage blanc qui rappelle la neige, de petites boules de sucre coloré, et les voilà prêts à être dégustés…

Aujourd’hui, c’est la veille de Noël. Il est très tard et il fait nuit depuis longtemps. Elle a presque fini son travail. Elle n’a plus que quelques biscuits à faire cuire, encore quelques-uns à décorer, et elle pourra aller se reposer. Son dîner et son petit lit bordé d’une couverture bien chaude l’attendent dans un coin de la maisonnette.

Lisette est fatiguée, elle est contente d’avoir bientôt terminé. Au château, elle le sait, tout le monde dort. Les lumières sont éteintes, elle est seule à encore veiller.

Dans la pièce à peine éclairée, elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! une fournée prête à cuire…

Soudain, elle entend un bruit… Un gros « toc ! toc ! toc ! » qui résonne dans la chaumière. Il y a quelqu’un qui frappe à la porte ! Lisette a un peu peur, mais elle court ouvrir. Elle ne veut pas laisser attendre dans le froid la personne qui a frappé.

Un homme fort bien habillé entre et se dirige vers le feu pour réchauffer ses mains et ses pieds mouillés. Il est grand, et ses cheveux sont constellés de flocons de neige. Mais cela ne semble pas le déranger. Il a surtout l’air pressé. Il demande poliment à parler au chef cuisinier.
— Il n’y a que moi ici, monsieur, répond Lisette de sa petite voix. Tous les autres sont au château, en train de se reposer.
— Quel dommage ! s’exclame l’homme. J’aurais aimé pouvoir lui acheter quelques biscuits. Voyez-vous, nous avons fait un long voyage pour arriver jusqu’ici, avec ma famille. Il est tard, toutes les échoppes sont fermées, et mes enfants voulaient tant manger des douceurs avant d’aller se coucher… Quand j’ai vu qu’ici la lumière était allumée et que j’ai senti la bonne odeur de biscuit, je me suis dit que peut-être, j’y trouverais quelque chose pour les satisfaire. Tant pis, je vous laisse travailler.

Et l’homme, un peu déçu et toujours pressé, retourne d’un pas rapide vers la porte et vers le froid.

Lisette a bon cœur, elle se sent bien désolée pour les enfants de ce grand monsieur si élégant. Elle se sent bien désolée aussi pour lui qui a bravé le froid, qui a mouillé ses beaux habits pour leur faire plaisir et qui n’a rien trouvé à leur rapporter.

Alors, avant qu’il franchisse l’entrée, la petite cuisinière attrape quelques sablés qu’elle a mis tant de temps à préparer et les glisse dans les poches de son manteau en disant :
— Voici pour vos enfants, prenez ! C’est de la part du roi. Il ne voudrait certainement pas que des enfants s’endorment tristes une veille de Noël !

Ravi, l’homme la remercie et part rejoindre les siens. Sa haute silhouette s’évanouit dans la nuit.

Lisette ferme la porte, heureuse d’avoir pu aider quelqu’un. Il manque bien quelques biscuits maintenant, mais si elle se dépêche, elle pourra en refaire pour que chaque invité du château en ait.

Alors elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! Une fournée prête à cuire…

Soudain, encore un bruit ! Un petit « toc ! toc » qui effleure à peine le bois.
Un peu inquiète, Lisette ouvre la porte et fait entrer une vieille femme tirant derrière elle une brouette remplie de fagots et de bûches. Vêtue d’une robe toute rapiécée, celle-ci semble transie de froid. La petite fille la dirige vers le feu et lui donne son tabouret, pour qu’elle puisse se réchauffer un peu. Au bout d’un moment, les traits plus détendus, la vieille femme raconte son histoire.
— Brrrrr ! il fait si froid, dehors ! Mes enfants et petits-enfants doivent venir chez moi demain. Je suis partie dans la forêt chercher du bois, pour que l’on ait bien chaud. Hélas ! La neige s’est mise à tomber en même temps que la nuit, et je me suis perdue ! J’ai longtemps marché dans la forêt avant de retrouver mon chemin. Heureusement que ta lumière était allumée, sinon je serais encore en train d’errer ! Merci, mon petit, maintenant que je suis bien réchauffée, je vais pouvoir rentrer. Je vois que tu es en train de cuisiner. Moi-même, j’ai encore tous les biscuits pour demain à préparer, je ne suis pas près de me coucher…

Et la vieille dame fatiguée retourne lentement vers la porte et vers le froid. Lisette a bon cœur, elle se sent bien désolée pour cette vieillarde épuisée qui va devoir cuisiner jusqu’à l’aube. Alors, avant qu’elle franchisse l’entrée, la jeune demoiselle attrape plusieurs poignées de sablés qu’elle a mis tant de temps à préparer et les met dans la brouette, entre les fagots, en disant :
— Prenez-les et allez vous allonger ! C’est de la part du roi. Il ne voudrait pas qu’une vieille femme ne puisse pas dormir la veille de Noël.

Heureuse de pouvoir aller se reposer, la grand-mère remercie Lisette avec effusion et sort de la cuisine. Sa silhouette courbée disparaît dans la nuit.
La jeune fille referme la porte, un sourire aux lèvres. Ses yeux se posent sur les biscuits qu’elle a confectionnés. Il en manque beaucoup, maintenant. Elle va devoir travailler encore un moment, si elle veut que chaque invité du château en ait.

Alors, elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs… Et hop ! Une fournée prête à cuire…

Quand elle entend un petit bruit, un petit « toc » tout tremblant, Lisette n’est même pas étonnée. Elle ouvre grand sa porte et laisse entrer deux enfants sales et grelottant. Ils sont en haillons, ce sont des mendiants. Elle les assoit près de la cheminée, les enveloppe dans sa couverture et leur donne le pain et le lait chaud qu’elle gardait pour son dîner. Les petits reprennent enfin des couleurs, et la fille, la grande sœur sans doute, se met à parler :
— Merci beaucoup ! Sans toi, nous serions morts de froid. Avec les autres enfants des rues, nous avons tiré à la courte paille pour savoir qui sortirait chercher à manger par ce temps glacé. C’est mon petit frère qui a perdu, alors je l’ai accompagné. Mais toutes les maisons sont fermées, tout le monde est couché. Seule ta chaumière est encore éclairée. Nous ne voulons pas te déranger plus, nous allons nous remettre en route. Mais ça sent si bon chez toi… Aurais-tu, s’il te plaît, des biscuits ratés, trop cuits, un morceau de pain rassis ou encore des fruits gâtés afin que nos amis puissent à leur tour manger ?

Ils se dirigent vers la porte et le froid en la regardant d’un air suppliant. Lisette a bon cœur. Elle se sent bien désolée pour tous ces enfants affamés aux portes du palais. Alors elle prend un grand sac de toile et elle glisse dedans tous les sablés qu’elle a mis tant de temps à préparer en disant :
— Tenez, prenez ! C’est de la part du roi. Il ne voudrait pas que des enfants soient affamés une veille de Noël.

Les petits lui sautent au cou pour la remercier, puis ils partent retrouver leurs amis. Leurs petites silhouettes se confondent avec la nuit.

Lisette referme la porte, les larmes aux yeux pour ces petits êtres bien éprouvés. Elle a donné tous les sablés, tous les biscuits dorés et si bien décorés… Elle va devoir travailler toute la nuit pour que chaque invité du château en ait, mais tant pis !
— Ça en valait la peine ! se dit-elle.

Alors, elle se remet à pétrir, à étaler et à découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des…
Chuuuuut ! La fillette, épuisée, s’est endormie sur la table. Sur son visage couvert de farine flotte un sourire heureux d’avoir pu réconforter tant de gens en cette veille de Noël.

Mais le lendemain, quand trois valets viennent chercher le travail de la petite cuisinière, celle-ci dort encore, le nez dans la pâte crue.
— Fainéante ! s’écrie l’un des valets. Que fais-tu à roupiller alors que tout le monde est si pressé ? C’est Noël, aujourd’hui, les invités sont arrivés ! Il faut leur donner les sablés que tu devais préparer ! Où sont-ils passés ? Tu les as volés ? Tu les as mangés ? Les as-tu au moins confectionnés ?

Et voilà que les hommes traînent une Lisette encore tout endormie hors de la chaumière, dans le froid de l’hiver. Ils hurlent que ça ne se passera pas comme ça, qu’elle va devoir en répondre devant le roi !
Tiens, justement ! Le voilà, le roi. Il déambule dans le village, souhaitant un joyeux Noël à chacun de ses sujets. Lorsqu’il entend les valets crier, il s’approche, curieux de voir qui est si mécontent en ce jour de fête.
— Pourquoi donc êtes-vous en colère après cette demoiselle ? Je vous écoute, que se passe-t-il ?

Les trois valets racontent alors comment Lisette a été embauchée pour fabriquer les biscuits de Noël. Comment elle devait pétrir, étaler puis découper des formes dans la pâte sablée. Des étoiles, des sapins, des cœurs qu’elle devait alors cuire jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés. Comment elle devait les décorer pour les offrir aux invités du palais. Comment ils l’ont découverte endormie et comment ils ont cherché partout dans la chaumière les petits biscuits sans les trouver.
— Elle a sûrement dû les voler ! dit le premier valet.
— Ou les manger ! lance le second.
— Ou tout simplement ne pas les avoir confectionnés ! conclut le troisième.

Le roi a bon cœur. Il se sent bien désolé pour cette jeune fille qui tremble de froid autant que de peur. Il ôte son manteau d’hermine et le pose sur les frêles épaules de Lisette. Puis il demande d’un ton plein de compassion :
— Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Je vois que tu as travaillé, tes mains sont pleines de pâte collée et tu as de la farine sur les joues et le bout du nez. Où sont donc ces sablés ?
Lisette s’apprête à répondre quand une voix d’homme retentit :
— C’est à moi qu’elle les a donnés en votre nom. Elle avait pitié de mes enfants gourmands.
L’élégant monsieur qui lui a rendu visite la veille au soir est là, entouré de sa femme et de ses enfants ! Il veut la défendre des accusations des valets mécontents.
— Elle m’en a donné aussi beaucoup de votre part ! dit alors une douce voix.
La vieille femme qui était venue se réchauffer dans la chaumière de Lisette s’avance alors, suivie de toute sa famille.
— J’étais si épuisée hier soir, qu’elle m’a tendu ses sablés pour que je n’aie pas à cuisiner et que je puisse me reposer. C’est un ange, ne la punissez pas !
— Nous aussi, on en a mangé ! Elle a dit que vous ne laisseriez pas des enfants affamés une veille de Noël !
Une multitude d’enfants vêtus de guenilles se mêlent à la foule assemblée autour de Lisette, du roi et des valets. Une fillette se plante aux pieds du souverain, tenant son petit frère par la main.
— On avait froid, on avait faim. Elle nous a réchauffés, nous a nourris et elle nous a donné tous les biscuits qu’elle avait faits, pour nos amis.
— Voilà où ils sont donc passés, ces biscuits ! dit alors le roi avec un grand sourire.
En regardant Lisette, il ajoute :
— Eh bien, petite cuisinière, tu as très bien fait. Mes invités seront bien nourris, au palais. Ils ont certainement beaucoup moins besoin de ces sablés que tous ces gens ici présents !

Il la nomme sur-le-champ chef cuisinier et l’invite à sa table pour le réveillon. Elle a droit aux mets les plus fins, aux meilleurs vins ! Et plus tard, lorsqu’elle est bien fatiguée, on la mène à un lit si confortable qu’elle s’endort aussitôt sans prendre le temps de se débarbouiller…

Désormais, chaque Noël, Lisette, qui a bon cœur, pétrit, étale et découpe des formes dans la pâte sablée. Elle fait cuire les biscuits jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés, les laisse refroidir puis les décore de glaçage blanc et de boules de sucre coloré.
Ensuite, elle les dépose dans une petite chaumière bien chauffée attenante au palais. Chacun, riche ou pauvre, jeune ou vieux, invité du château ou habitant du village, voyageur ou va-nu-pieds, peut venir se réchauffer devant la cheminée et déguster les biscuits joliment décorés.
On raconte même que parfois, lorsqu’il n’est pas trop pris par son travail, le roi, qui a bon cœur également, vient aider Lisette à confectionner les petits sablés…

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Illustration de Adora

38 VOIX

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Claire Joanne

Claire Joanne

Educatrice spécialisée, je travaille en foyer d'hébergement auprès de personnes ayant un handicap mental. Armée de ma plume et de mon imagination, je pars souvent, avec mon garçon de cinq ans, combattre l'ennui et les cauchemars en inventant des contes plus incroyables les uns que les ...

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Le p'tit plus de Bob

La recette des sablés de Lisette

Mélange 150g de farine et 60g de sucre. Ajoute un œuf et 60g de beurre. Pétris bien la pâte jusqu’à ce qu’elle soit lisse. Puis, pour que ce soit meilleur, tu peux ajouter de la vanille, de la fleur d’oranger, de la cannelle ou tout ce que tu voudras ! La pâte doit reposer 1h au réfrigérateur. Ensuite, étale-la au rouleau à pâtisserie sur 5 mm et découpe les sablés à l’emporte pièce. Cuisson : 15 min au four à 170°

Saupoudrés de sucre glace, c'est encore plus appétissant !

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