Doté de quatre bras et de quatre jambes, et d’une peau bleue aussi étrange que rigolote, Europinou habite sur une planète située tout près de Jupiter, à des millions et des millions de kilomètres de la Terre. C’est un petit garçon plein de gaieté et vif d’esprit, toujours en mouvement et passionné par les grands espaces et l’aventure !

En se réveillant ce matin-là, Europinou commença par s’étirer de tous ses membres – ce qui était assez drôle à voir, vous vous en doutez – puis il alla se laver les dents en chantonnant :

— Wouh wouh wouh !! J’aime aller partout ! Wouh wouh wouh ! Je rigole de tout !

Il pensait bien que sa chanson n’était pas vraiment formidable, mais il la chantait de tout son cœur. Il est comme ça Europinou : tenace, courageux et volontaire. D’ailleurs, il va avoir l’occasion d’exploiter toutes ces qualités dans l’expédition qu’il s’apprête à entreprendre.

En effet, alors qu’il terminait sa toilette, il avait déjà trouvé la destination de sa prochaine escapade : la planète Vénus, que l’on appelle aussi sur Terre « L’Étoile du Berger » car elle est très brillante et servait de repère aux bergers pour rentrer les moutons le soir venu. C’est la deuxième planète en partant du Soleil. Il paraît qu’il y fait très très chaud, lui avait dit un jour son papa.

Mais Europinou a l’habitude de s’adapter à toutes les situations, même les plus périlleuses…

Quelques minutes plus tard, Europinou se lança dans l’obscurité de l’espace, peuplé de milliards d’étoiles qui l’émerveillèrent. Quatre secondes de voyage... pour faire des millions de kilomètres ! Cela paraît incroyable, mais c’est pourtant grâce à ce pouvoir fantastique que notre héros peut visiter toutes les planètes.

Il arriva donc à toute vitesse et atterrit sur Vénus.

Enfin, quand je dis qu’il atterrit, je devrais plutôt dire qu’il se retrouva les pattes en l’air, dans un méli-mélo de pieds et de mains, juste au bord d’un immense volcan.

Par chance, il se stabilisa assez vite et reprit son équilibre, rétrospectivement effrayé d’avoir failli tomber dans le cratère rougeoyant de ce volcan qui mugissait de façon terrifiante…

— Mais qu’est-ce que c’est que cet énergumène qui vient interrompre ma sieste ? gronda une voix qui semblait venir du fond du cratère.

— Ben euh… C’est moi, Europinou, pour vous servir ! répondit notre petit héros courageusement.

— Pour me servir à manger, j’espère ! Car j’ai une faim de tous les diables !! s’écria le volcan en faisant gicler haut dans le ciel brumeux de Vénus une fusée de lave fondue, rouge comme le sang.

Europinou l’évita de justesse.

— Alors comme ça, euh... vous avez très faim, Grand Volcan ?

— Je suis en train de mourir d’inanition tu veux dire, vilain petit crapaud bleu ! Mon Dieu, que tu es laid ! C’est à vomir de la lave pendant des siècles.

— Hé ! Hé ! Vous ne diriez pas ça, si vous saviez ce que j’ai dans mon sac ! ironisa Europinou avec un cran étonnant.

— Et peut-on savoir ce que cet étrange petit jeune homme couvert de pustules a dans son sac et qui pourrait m’intéresser ?

— Des Marchmallows ! lui lança Europinou du tac au tac. Au moins trente ! Tous meilleurs les uns que les autres ! Fondants, sucrés, délicieux… surtout lorsqu’ils sont passés quelques secondes au dessus du feu…

— Eh, mais voilà qui ferait parfaitement mon affaire, s’écria le volcan qui s’avérait gourmand. Rien de plus facile pour moi que de griller ces « marche à l’eau », euh... ces « cachalots », ces… « taches à galop »… comment dis-tu déjà ?

— March-ma-llows… C’est pourtant pas dur, lui lança Europinou en rigolant.

— Ce qui va être dur, c’est la leçon que je vais te donner si tu continues à te moquer de moi !

Et sans attendre plus d’explications, le volcan se mit à cracher des langues de feu qui vinrent lécher les oreilles d’Europinou ! Il recula brusquement et perdit l’équilibre.

« Je vais tomber dans le cratère du volcan… Je vais cramer comme une allumette… » pensa-t-il en une fraction de seconde.

C’était visiblement un jour de chance pour notre petit bonhomme bleu. Grâce à l’un de ses quatre bras, il parvint à s’accrocher à une grosse pierre, juste sur la crête de l’effroyable volcan. Mais le monstre n’en avait pas terminé avec cet enfant qu’il trouvait bien impertinent… Il se mit à gronder du plus profond de lui-même. Sur ses flancs jaillirent alors des coulées de lave bouillante, qu’Europinou réussit in extremis [CL2] à éviter. Il se savait en très mauvaise posture… Le susceptible volcan semblait très en colère, c’était évident. Que faire ?

Il n’y avait qu’une seule solution. Sur le moment, cela lui parut un peu compliqué… Entre avoir une idée et la mettre à exécution, il y a parfois tout un monde ! Mais notre héros avait plus d’un tour dans son sac, c’est le cas de le dire.

En se contorsionnant pour échapper à une nouvelle coulée de lave incandescente[CL3] , il ouvrit son sac à dos et pêcha à l’intérieur un gros paquet de Marchmallows, qu’il jeta d’un coup dans le fond du cratère en fusion.

À peine quelques secondes plus tard, les jets de lave brûlants s’arrêtèrent, comme par miracle. On n’entendait plus que la voix caverneuse de l’abominable volcan.

— Mmmmmmmmm ! Oh, que c’est bon !!! Je n’ai jamais mangé de choses aussi délicieuses de toute ma vie !

— Hein ! Je vous l’avais bien dit, l’apostropha joyeusement Europinou qui se remettait doucement de ses frayeurs.

— Encore ! éructa le tyran. J’en veux encore !... ou je te grille sur place, petit chenapan !

En fin psychologue, Europinou s’attendait à cette réaction. Le problème, c’est qu’il n’avait plus de Marchmallows…

Il eut alors une nouvelle idée. C’était très risqué, mais c’était jouable.

— J’ai encore dans mon sac quelque chose que vous devriez adorer… C’est délicat, c’est très fin, ça se mange sans faim ! C’est même bourré de vitamines, et encore meilleur que les Marchmallows… Mais est-ce que vous me promettez, en échange, de me laisser partir dès que je vous aurais offert ces friandises ?

— Promis ! rugit le volcan glouton en se pourléchant d’avance les parois du cratère à grands coups de langues de feu.

À cet instant, Europinou sortit de son sac quatre vieilles godasses en cuir, pleines de boue, qu’il mettait les jours de pluie et les envoya d’un coup dans le gouffre qui se trouvait sous ses pattes.

— Ahhhh ! Mmmmmmmm ! s’écria le volcan. Ch’est chublime ! Encooooore !!!!!

Notre jeune Europien à la peau bleue se fâcha tout rouge. Si rouge qu’il en devint presque violet !

— Ah non ! Vous aviez promis ! Laissez-moi partir immédiatement, ça suffit maintenant ! Crotte alors !

— Envoie-moi une dernière friandise, comme tu dis, et alors je te laisserai rejoindre ta planète. Cette fois, c’est promis. Juré. Craché.

Et le volcan capricieux cracha une longue langue de feu vers le ciel.

« Pfffffff ! Quel goinfre insatiable ! » songea Europinou, très embêté.

Il se mit à farfouiller dans son sac, en espérant trouver de quoi satisfaire le volcan… Hélas ! Il n’y avait vraiment plus rien qui puisse le contenter. Comment allait-il s’en sortir ?

— Alors ? J’attends ! lança une voix impatiente.

Europinou se creusait les méninges, se grattait la tête des ses quatre mains, espérant qu’une idée géniale jaillisse, aussi puissante que les jets de lave du volcan.

Et soudain, tentant le tout pour le tout, il prit une profonde respiration et entonna une berceuse que lui chantait sa maman quand il était petit !

Sa voix tremblait un peu, mais il espérait que cela ne s’entendrait pas trop…

— Dors, mon petit… Dors, mon chéri… (Europinou se disait que le volcan n’était pas du tout son chéri mais il continua à chanter à plein poumons :) Dors, mon ange bleu… Fais un gros dodo, mon poussinet…

Il se passa alors une chose miraculeuse.

La lave qui bouillonnait un instant auparavant dans le cratère, se figea peu à peu. Son rougeoiement si caractéristique vira lentement au marron foncé, puis au gris, et quelques minutes plus tard, la roche en fusion cessa de fluctuer. Le volcan s’était bel et bien endormi !

Par sécurité, Europinou continua de chantonner quelques instants… le volcan semblait maintenant plongé dans un profond sommeil.

Ravi de sa trouvaille et surtout rassuré d’avoir échappé au volcan capricieux, Europinou se tapa dans les mains en rigolant et s’élança vers le ciel.

— Eh bien, cette fois, j’ai vraiment eu très chaud ! confia-t-il aux étoiles qui le regardaient passer en souriant…

Tout en filant à travers l’espace, le petit Europien courageux se promit de se renseigner un peu mieux sur ses prochaines destinations. ça lui éviterait de risquer de finir comme un Marshmallow grillé !

*

_______

Illustration de Paul Cotoni
zagatub
Brigitte Bellac

Brigitte Bellac

J’ai 59 ans. Dès l’âge de huit ans, j’ai écrit des contes pour enfants (!), des poèmes, puis des nouvelles. En 1980, ma première pièce de Théâtre « Jacques a Dit » a été jouée au Lucernaire à Paris. J’ai aussi été comédienne, automate et clown !! J’ai ...   [+]

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