Short Edition
Une fin d'année qui décoiffe ! (4)

Une fin d'année qui décoiffe ! (4)

Je vous rassure, je me suis remis de mes émotions, rapport à mon pote Mattéo et sa découverte de l’Amouuuuur avec un grand A qui pique les yeux. Oui, moi, ce genre de trucs, c’est comme la moutarde, ça me pique les yeux. Faut que je m’habitue. Je sens que vous piaffez d’impatience, alors je vous raconte la suite.
Quand la première sonnerie de huit heures moins cinq a retenti, je suis sorti de ma cachette derrière la porte des toilettes (oui je sais, pour le scénario hollywoodien, faudra que je trouve une cachette plus stylée…) et je me suis avancé l’air de rien vers Mattéo et Cynthia. Le plus naturellement du monde, j’ai tapoté l’épaule de mon pote, il a sursauté, s’est retourné et m’a regardé avec sa tête de merlan frit :
— Ah c’est toi ! a-t-il lancé en essayant de jouer le mec le plus cool du monde. Ben toi, t’as encore passé ta nuit à jouer sur ton ordi, t’es blanc comme un bidet !
— Ouarf ouarf, ppfffffou pffffou
Ça, c’est Cynthia qui a manqué s’étouffer en se marrant comme une baleine. Pas ma faute si c’est difficile de retranscrire les onomatopées, surtout celles de Cynthia…
— T’as avalé un clown ou quoi ? j’ai répondu en faisant semblant de prendre la vanne super à la légère.
La boulette.
J’y étais allé un peu fort, Mattéo s’est transformé illico en écrevisse ébouillantée qui aurait mangé une tomate trop mûre. Il était tellement rouge que j’ai cru qu’il allait exploser. Un Mattéo éparpillé façon puzzle aux quatre coins de la cour, je voyais ça très bien dans mon scénario hollywoodien avec des tonnes de ketchup pour faire sanguinolent, mais pas là dans la vraie vie, au collège Jules Renard, à huit heures moins cinq, juste avant le cours de SVT avec mademoiselle Lemarchand. J’étais en train de cogiter quand j’ai entendu Léa, la copine de Cynthia, demander l’air sceptique à Emma : « Psssst, c’est quoi un bidet ? » et Emma lui répondre : « une mini baignoire que nos arrières-grands-parents utilisaient avant pour se laver vite fait »…Y’en a, franchement, faut tout leur dire…
— Je plaisante, j’ai enchaîné pour me rattraper.
Cynthia, qui en était visiblement restée à la vanne du siècle, continuait de se tenir les côtes :
— Pâle comme un bidet… pppfffouuu pppffouuuu pâle comme un bidet… pppffffouuuuu pppfffouuuuuuu… Trop mortel !
Je me suis dit, finalement, si avec Mattéo, on voulait piquer la place de Kev Adams, on avait peut-être nos chances… LOL.
Et puis d’un coup, je me suis senti un peu honteux. C’est vrai, après tout, Mattéo c’est mon pote depuis la maternelle, mon frère quoi, je pouvais pas lui en vouloir de succomber à la tentation d’aller voir d’un peu plus près ce qui pouvait bien se cacher derrière l’énigme du mot « fille ». Même si d’après moi, il ne se cache pas grand-chose, j’en veux pour preuve la suite de la conversation :
— Bon, plus qu’une semaine avant les grandes vacances, j’ai lancé, histoire de changer de sujet.
— Ouais, trop hâte d’y être, a répondu Mattéo qui commençait à retrouver une couleur normale. Au fait, tes parents ont reçu le bulletin du dernier trimestre ?
— M’en parle pas, l’horreur, comme d’hab, un oignon…
— Hein ? Mattéo m’a regardé comme si je lui parlais chinois.
— Bah oui, tu l’ouvres, tu pleures…
Ouarf ouarf ouarfarfarfarfarfarfarfaaaaaaaaaaaaaaarf.
Vous l’aurez compris, Cynthia a failli se fêler une côte tellement elle était morte de rire. Pliée en douze. Du coup, elle en pleurait tellement que son rimmel bleu turquoise a coulé jusqu’au milieu des joues, ça creusait un sillon au milieu de son fond de teint qui, lui aussi, en avait pris un sacré coup. Et là, j’ai bien vu que Mattéo changeait d’attitude. Quand on s’est retrouvé tous les deux en cours de SVT, j’ai pas pu m’empêcher de lui demander :
— Dis, t’as fait une drôle de tête quand Cynthia a essuyé son rimmel tout à l’heure…
— Mmmh, a dit Mattéo pensif, en fait je me suis demandé d’un coup pourquoi Cynthia s’était mis ce truc affreux sur les yeux. Et puis j’avais jamais fait gaffe qu’elle mettait du fond de teint, t’avais remarqué toi ? Pourquoi elle se maquille ? Elle est très bien naturelle !
J’ai réfléchi moi aussi un instant :
— Euh, en fait j’en sais rien. Tu sais, moi à la maison, entre ma grande sœur qui milite avec les féministes et ma petite sœur qui est amoureuse de Titeuf, j’ai du mal à y comprendre quelque chose… Et puis mes parents, quand ils se mettent à raconter comment ils sont tombés amoureux, j’ai juste l’impression qu’ils me racontent Les Feux de l’Amour en suédois, incompréhensible comme truc…
Mattéo est resté un moment le stylo en l’air à cogiter et puis il a poussé un gros soupir :
— Franchement, je crois que les filles, c’est trop compliqué pour moi…
YES !!
Juste histoire d’enfoncer un peu le clou, j’ai quand même cru bon d’ajouter :
— Entièrement d’accord ! Un jour elles t’adorent, le lendemain, elles te détestent. Les filles, c’est encore plus compliqué à piger qu’un discours d’homme politique !
Voilà comment en deux temps trois mouvements, j’ai retrouvé mon Mattéo ! Bon, je dis pas qu’il n’est pas à l’abri d’une petite rechute parce qu’avec nos blagues à deux balles, maintenant, on a Cynthia ET ses copines collées à nos basques jusqu’à la cantine. On peut même plus manger tranquilles !
Mais bon, en fait, c’était pas vraiment la chose la plus importante que je voulais vous raconter ce soir…
Y’a bien pire que ça…
C’est bientôt les vacances. Jusque-là, tout va bien.
Pas d’école pendant deux mois. Jusque-là, tout va très bien.
Pas de réveil à envoyer valser contre le mur à six heures quarante-cinq, cinq jours par semaine. Jusque-là, tout va très très bien.
Alors elle est où la chute ?
Vous savez bien que l’essentiel, c’est pas la chute, mais l’atterrissage. Alors préparez-vous pour un atterrissage façon Concorde en détresse, parce que ça va méchamment secouer !
D’abord, je vais être obligé d’arrêter provisoirement mon blog, pendant ces deux mois de vacances. Vous allez me dire : pourquoi ? Et c’est là que vous allez avoir droit à l’atterricrash final : mes parents ont dégoté un truc de ouf. Vraiment. Pendant deux mois. Je vous laisse un peu chercher. C’est pas une colonie de vacances à Tremblay-les-joyeuses. C’est pas un camp de scout au monastère de Sainte-Marie-Thérèse-sur-Loire. C’est pas non plus un stage intensif d’allemand option polonais en immersion dans une famille de juifs pratiquants. En fait ne cherchez pas, de toute façon, vous trouverez pas. Y’a que mes parents pour avoir des idées pareilles.
ON VA ALLER MÉDITER DEUX MOIS DANS UN ASHRAM EN INDE !!
Tout ça parce que mon père a frôlé le à Noël à bosser dans sa banque de requins, et que ma mère a découvert le yoga avec la voisine du dessous (celle-là, je la retiens, avec ses infusions au pissenlit germé et ses steaks de soja moisi, je crois que ça lui a complètement retourné la tête, à ma mère).
Et d’abord, c’est quoi, un ashram ?
Eh bien, je vous laisse chercher, vous avez deux mois, hein, ça devrait aller ?
Enfin histoire de ne pas conclure sur une note trop déprimante, je me dis que si je survis à ce de la mort qui tue, je pourrais faire Koh Lanta plus tard les doigts dans le nez sur une jambe les yeux bandés. Et puis, j’aurais aussi une tonne de trucs à vous raconter quand je reprendrais mon blog à la rentrée ! Et si ça se trouve avec mon bol, l’avion qu’on va prendre sera détourné par des fanatiques, on se retrouvera pris en otage sur une île déserte, je m’évaderai en traversant l’océan indien poursuivi par des requins affamés, et je serai recueilli par une tribu inconnue du sud du Boukaristan qui m’élèvera dans la jungle où je deviendrai super pote avec un orang-outan farceur et un éléphant nain.
OK, je sors.

_______

Illustration de Pablo Vasquez
zagatub
Céline Santran

Céline Santran

Professeur d’anglais et traductrice, j’écris depuis plusieurs années toutes sortes d’histoires, en français comme en anglais, pour un public de grands et de moins grands. Ma devise ? Tant que l’on a des rêves, rien n’est impossible !

Lire ses œuvres
Le p'tit plus de Bob

Et dans les films : vrai ou faux sang ?

Voici quelques recettes secrètes d’accessoiriste que tu peux tester... Mieux que le ketchup, comme dans le scénario de Léo, tu peux essayer la recette suivante : du sirop de grenadine, du colorant alimentaire rouge et bleu et du café soluble ! Mélange ces trois ingrédients petit à petit pour obtenir le résultat le plus proche de la réalité. C’est comestible… mais attention aux tâches ! Plus simple et sûrement meilleur… essaie avec du coulis de framboises tout simplement !

A découvrir

De la même série

Les épinards de Max-Enguerrand (1)

Du même auteur

Jules de Mérignac

Du même thème

J’attends les clefs

De la même durée

Le terrible volcan de Vénus (3)