Short Edition
Le pire du pire... (3)

Le pire du pire... (3)

C’est la cata. L’apocalypse interplanétaire, l’explosion méga-galactique, m’en fiche si ça existe pas, c’est juste pour vous faire comprendre que je suis dans un état proche de… comment elle dit déjà mademoiselle Michelet, elle adore les termes compliqués… Ah oui, la sidération !! C’est ça, la sidération ! En gros, ça donne : les yeux écarquillés comme si je venais de voir un extraterrestre chanter du M Pokora, la bouche ouverte avec un air légèrement ahuri, bon OK, carrément teubé, en clair je suis bon pour être enfermé au musée Grévin (oui, je sais, encore faut-il que je sois célèbre, mais vous voyez bien qu’avec mon blog, j’y travaille !).
Vous allez me dire : qu’est-ce qui peut bien encore m’arriver ? Enfin j’imagine que vous avez quand même une petite idée, vu que je vous ai laissé hier en vous disant que mon pote Mattéo me couvait certainement un truc pas net. Je vais vous lâcher l’embryon du début du commencement du scoop : j’ai trouvé ce qui cloche.
Maintenant je vais vous faire mariner un peu (ça, c’est ma mère et ses recettes improbables qui doivent déteindre sur moi, à force…) en vous racontant par le menu tout ce qui s’est passé depuis hier...

Donc hier soir, j’ai pas voulu jouer les désespérés en suppliant Mattéo de jouer avec moi, j’ai ma fierté, non mais ! Je me suis concentré à la place sur ma bataille avec Orio. Orio, c’est le gangster le plus diabolique de l’ordre du Serpent Noir. Anéantir Orio, ça signifiait prendre possession de son palais, le Palais de Bang Tung, un palais aux murs faits d’or et de pierres précieuses que je comptais bien dévaliser ensuite. Comme ça, avec toute cette fortune, je pourrais m’acheter plein de nouvelles vies. Avec mon armée personnelle, j’ai réussi à attirer Orio dans un guet-apens et je suis venu à bout du gangster après trois combats, dont deux par KO !
Ouais, ouais, ça commence bien, mais attendez donc la suite…
J’étais en train de discuter avec un vieux sorcier d’une nouvelle stratégie à adopter pour les combats futurs quand une étrange créature dotée de quatre bras est apparue. Elle pouvait, disait-elle, m’aider à infiltrer l’ennemi. C’était une femme éblouissante dont la beauté renversante et le regard envoûtant (ouaaaaaah, j’ai l’impression d’écrire du Balzac !!) en auraient troublé plus d’un. Plus d’un, sauf moi. Parce que moi, dès que je vois une fille en tongs et paréo se pointer au beau milieu d’un jeu de guerre pas franchement raffiné, excusez-moi, mais j’ai des doutes…
Du coup, j’ai fait ni une ni deux, j’ai saisi mon sabre laser et pendant que j’y étais, je lui ai envoyé plusieurs grenades. L’une d’elles a fait voler en éclats ses quatre bras dans un feu d’artifice de chairs broyées. Oui, je sais. Beurk. Mais attendez la chute : la deuxième grenade a pulvérisé sa tête en mille morceaux. Re-beurk, d’accord, mais c’est qu’un jeu, hein…
Le vieux sorcier, lui, avait suivi la scène, complètement médusé (synonyme de sidéré, oui, je mets des mots trop intelligents de temps en temps, histoire de faire sérieux). Il s’est levé d’un coup, m’a plaqué au sol avec son rayon bleu et a hurlé :
— Tu viens de commettre une grave, une TRÈS grave erreur en tuant Shivayaya !
— Shiva quoi ? j’ai demandé sans trop comprendre.
— Shivayaya, il a répété avec sa voix d’outre-tombe. Elle aurait pu te fournir une aide précieuse et surtout te faire gagner des vies supplémentaires !
— Bof, j’ai lancé, blasé, je viens d’en gagner un stock, des vies, en tuant Orio, alors c’est pas ton sermon qui va me défriser la houppette (j’ai pas de houppette sur la tête comme Tintin, mais j’aime bien l’expression).
Là, le sorcier est sorti de ses petits gonds et il a hurlé encore plus fort :
— Le crime gratuit que tu viens de perpétrer va te coûter très cher ! J’ai le pouvoir de t’enlever deux vies, je te les retire immédiatement de ton capital !
J’en suis resté comme deux ronds de flanc (autre expression synonyme de médusé ou sidéré, histoire de varier un peu les niveaux de langue… Je sens que je vais finir prof de français …)
Bref, tout ça pour dire que je me suis fait avoir par une fille qui avait des allures de traîtresse alors qu’elle n’en était pas une. Mais moi, j’ai toujours pensé que les filles qui avaient l’air d’être gentilles cachaient souvent bien leur jeu et inversement. Enfin pour être tout à fait honnête, j’ai pas fait une thèse en décryptage de filles, je dirais même que je m’y connais autant en filles qu’en sudoku force 10, c’est vous dire mon niveau…
Et pourtant, je suis pas peu fier de moi sur ce coup-là. Ouaip ! Parce que c’est précisément à ce moment-là que j’ai eu l’éclair de génie du siècle !
Une fille. Aux allures de traîtresse. Une fiiiiiiille ! Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il n’y avait qu’une fille pour avoir retourné le cerveau de mon pote de toujours !
Une fille. Je sais, je me répète, mais c’est comme quand on apprend une langue étrangère. Il faut apprivoiser les mots nouveaux en les répétant plusieurs fois, pour s’habituer.
Mattéo. Une fille. MON Mattéo ! Celui qui pas plus tard que la semaine dernière en était encore à se bidonner devant un film de zombie et à rigoler comme une baleine aux blagues de notre pote Jules. Et attention ! Pas n’importe quelles blagues ! Du genre : que fait un oiseau qui passe au-dessus d’un barbecue ? … Il fait cui-cui… ou cuit-cuit pour les très lents… J’vous avais prévenu, c’est collector comme blague.
J’étais sûr que je tenais là mon explication même si j’avais du mal à y croire. Alors ce matin, j’ai appliqué le plan « James Bond 0013 » (parce que j’ai treize ans). Dès que je suis arrivé dans la cour du collège, super en avance pour une fois, je me suis planqué derrière la porte des toilettes pour observer sans être vu. Trop fort. Je pourrais écrire des scénarios hollywoodiens, tiens, c’est une idée, ça !
Et derrière la porte des toilettes, j’ai découvert le pot aux roses…
Mon Mattéo s’est pointé juste après moi. Déjà, étonnant pour quelqu’un qui, d’habitude, attend la deuxième sonnerie pour arriver en cours en dérapage plus ou moins contrôlé qui se termine souvent en vautrage en règle devant le prof…
Il a regardé à droite, à gauche, il me cherchait sans doute. Et puis il s’est dirigé tout droit vers Cynthia.
Cynthia. Oui, je sais, je répète beaucoup. Je fais dans l’anaphore. Ouarf ouarf, j’arrête, ça frôle l’indigestion ! LOL
Cynthia. Promis c’était la dernière fois ! Comment vous la décrire… Une tête-deux bras-deux jambes. Une fille, quoi. Ah si ! Un signe super distinctif. Du genre complètement cliché, mais complètement vrai. Un vrai moulin à paroles. Un tsunami verbal. Une kalachnikov des mots et onomatopées comme seules les filles savent en produire.
J’observais donc, de loin, Mattéo en train de sourire comme un benêt en rougissant jusqu’aux oreilles et Cynthia glousser en se cachant derrière son téléphone portable, même si, il faut bien l’avouer, c’est super méga difficile de se cacher derrière un i-Phone. Eh bien, Cynthia, elle, elle peut. Elle plaquait régulièrement son mobile sur son nez, ça lui cachait une partie de la bouche, et elle baissait légèrement la tête en secouant ses épaules, preuve qu’elle pouffait, sans doute conquise par les blagues que Mattéo lui racontait. Oui, je me moque, je sais ! En fait, Mattéo, il disait pas grand-chose, parce que je le voyais pas beaucoup remuer les lèvres. En gros il avait l’air aussi à l’aise qu’un zébu dans un ballet de l’Opéra de Paris. Je le voyais juste marmonner un ou deux mots et Cynthia partait dans un de ces gloussements parfaitement maîtrisés qui transformaient Mattéo en amoureux transi, couleur écrevisse. Carrément. Jamais vu mon Mattéo aussi rouge.
Mattéo, mon pote, amoureux.
La tuile…

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Illustration de Pablo Vasquez

56 VOIX

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Céline Santran

Céline Santran

Professeur d’anglais et traductrice, j’écris depuis plusieurs années toutes sortes d’histoires, en français comme en anglais, pour un public de grands et de moins grands. Ma devise ? Tant que l’on a des rêves, rien n’est impossible !

Lire ses œuvres
Le p'tit plus de Bob

Pourquoi rougit-on ?

Tomate, pivoine ou écrevisse ?
Ta peau peut rougir sous l’effet du soleil. Mais tu peux aussi piquer un fard et rougir de honte, ou sortir de tes gonds et rougir de colère sous un ciel nuageux ! Lorsque tu as une émotion forte, ton cœur bat plus fort : ta circulation sanguine s’accélère et les petits vaisseaux que tu as juste sous la peau se dilatent ; ils s’agrandissent pour laisser passer l’afflux de sang… Et paf ! Voilà que tu te mets à rougir et à avoir très chaud, même s’il fait -20°C !

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