Short Edition

Le bal de la Neige

Nathalie Dujardin

Il existe un pays, là-haut, tout là-haut dans le ciel, qu’on appelle le Royaume des Trollis. Vous ne connaissez pas les Trollis ? Ce sont des Mini-Trolls. Hauts comme trois pommes, les cheveux rouges, ils naissent avec une longue barbe toute frisée et deux grandes ailes rousses. Les Trollis vivent très vieux et volent de leurs propres ailes. Ce qu’ils font toute la journée ? Mais la fête, bien sûr !

Aussi, il y a un événement que les Trollis ne manqueraient pour rien au monde ! C’est le Bal de la Neige, qui a lieu chaque année. Au beau milieu de l’hiver, tous les Trollis volent vers les grands champs de flocons qui poussent dans les nuages. Ils en cueillent à foison puis remplissent leurs traîneaux de cristal pour préparer la fête. Gran-Trolli, le Roi des Mini-Trolls ouvre ensuite les portes du Royaume en s’écriant :

— Le Bal de la Neige peut commencer !

Alors, des dizaines de traîneaux s’élancent dans le ciel comme dans une danse. Les Mini-Trolls chantent tous ensemble. Les flocons tourbillonnent et c’est à qui en jettera le plus en l’air pour s’amuser.

Cette année-là, Trolli-Trognon venait d’avoir dix ans. Le Roi décida alors que son fils était devenu assez grand pour participer au Bal de la Neige.

— Attention, lui recommanda le Roi, n’oublie jamais que tu ne dois pas jeter en l’air trop de flocons en même temps. S’ils retombent tous ensemble sur la Terre au même endroit, cela produit une très grosse tempête de neige. Rappelle-toi aussi que nous ne voulons faire de mal à personne, mais seulement nous amuser. Je sais que je peux compter sur toi, alors maintenant profites-en bien !

Trolli-Trognon était déjà parti dans sa chambre pour lisser sa barbe et mettre un peu de gel dans ses cheveux rouges. Il voulait être le plus beau pour son premier Bal de la Neige. Puis, impatient, il grimpa sans plus tarder dans son traîneau royal, si bien astiqué qu’il brillait de mille feux.

Jamais la fête n’avait été aussi belle. Des milliers de flocons tournoyaient dans les airs. Trolli-Trognon les prenait par brassées et les lançait avec vigueur et beaucoup d’entrain. Il ne tenait pas en place et sautillait gaiement. Son traîneau se mit à tanguer comme une balançoire. Dans un sens puis dans l’autre. Il gigotait tellement que, soudain, tous ses flocons passèrent par-dessus bord. Catastrophe ! Une véritable avalanche de neige se déversa sur la forêt de sapins au-dessus de laquelle il se trouvait. On ne voyait plus rien. Le ciel et la terre semblaient s’être confondus et le paysage était devenu tout blanc, blanc, blanc.

Penché au-dessus de son traîneau, Trolli-Trognon grimaça. Puis, nerveux, il fit plein de nœuds dans sa grande barbe. Il contemplait le spectacle avec désolation. En bas, tous les oiseaux s’étaient tus. Aucun animal ne donnait plus signe de vie. La forêt tout entière était comme figée et grelottait !

— Que va dire le Roi ? soupira Trolli-Trognon. Il faut que je trouve une solution, sinon je ne pourrai plus participer au Bal de la Neige…

En effet, chez les Mini-Trolls, si l’on ne réparait pas ses bêtises, on ne pouvait pas grandir ! Trolli-Trognon n’avait pas du tout envie d’avoir tout le temps dix ans !

Soudain, dans le paysage blanchi, Trolli-Trognon aperçut une masse brune.

L’ours, qui s’appelait Macaron, marchait sur la pente enneigée d’une colline, juste derrière la forêt.

— Ah, voilà quelqu’un qui va pouvoir m’aider…

Les Trollis n’avaient pas le droit de descendre sur Terre. En revanche, ils pouvaient envoyer des messages.

Macaron faisait voler les flocons devant lui d’un air tout bougon en traînant des pattes. Il s’ennuyait tellement ! C’était toujours pareil : sa mère n’avait pas un moment de libre, son père n’était jamais là quand il le fallait. Et ses frères, beaucoup plus grands, refusaient obstinément de jouer avec lui.

Pour se sentir moins seul, Macaron décida de construire un bonhomme de neige. Il fit une grosse boule blanche pour le ventre, puis une autre plus petite pour la tête. Deux pommes de pin servirent à faire les yeux. Il ne restait plus qu’à lui dessiner une jolie bouche.

Une grosse voix résonna dans la montagne et le fit sursauter :

— Bonjour Macaron ! C’est super ! Maintenant, nous allons pouvoir discuter.

Génial ! Macaron applaudit. Son bonhomme des neiges parlait.

— Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il tout excité.

— Je m’appelle Pt’igloo. Et j’ai un message à te transmettre de la part d’un Mini-Troll.

— Un Mini-Troll ? interrogea Macaron.

— Oui. Il s’appelle Trolli-Trognon. Et voilà ce qu’il m’a chargé de te transmettre  :

— Rends-toi dans la forêt de sapins, là-bas. Tu te feras plein d’amis et tu ne seras plus jamais seul pour jouer !

Macaron frissonna. Il ne s’était jamais aventuré aussi loin. Mais sa curiosité l’emporta.

Sans plus attendre, il se dirigea droit devant. La neige rendait sa marche difficile. A bout de forces, Macaron ne voyait plus que du blanc devant lui. Peut-être même s’était-il perdu ? Et où étaient les amis dont parlait son bonhomme des neiges ?

Tombant de sommeil, il s’appuya contre le tronc d’un arbre majestueux. Sa sieste fut de courte durée. Quelque chose lui chatouillait le ventre… et il se réveilla en sursaut. Il découvrit, dans sa fourrure, un tout petit oiseau tombé du nid.

— Que fais-tu là ? lui demanda-t-il aussitôt.

L’oisillon pleurait doucement sans répondre. Macaron l’abrita dans sa fourrure brune.

— Ne bouge pas et reste bien au chaud, sinon tu risques de mourir de froid. Mais attention, je te préviens : je suis très chatouilleux !

Rassuré, le petit oiseau se laissa faire et s’endormit ravi, sur le ventre de son nouvel ami. Soudain, Macaron entendit des hurlements.

— Où est passé mon enfant ? Il m'en manque un ! Il m'en manque un !

C’était la maman de l’oiseau, une pie des bois, qui habitait la forêt.

Macaron cria :

— Hé là, madame la pie, ne vous affolez pas, il est ici !

La pie descendit immédiatement de son perchoir et s'avança vers l'ours à petits sauts, d'un air méfiant. Elle n'avait pas l'air d'y croire. Pourtant, lorsqu’elle aperçut la tête de son petit qui dépassait de la fourrure de Macaron, elle dut se rendre à l’évidence :

— Quel bonheur de retrouver mon enfant ! s'écria-t-elle.

Il faut que je prévienne toute la forêt. Il y a tellement de neige, cette année ! C’est un vrai désastre ! Tout le monde grelotte. Veux-tu bien nous aider ? Il y a plein de petits animaux à réchauffer chez nous !

Macaron savait que les pies étaient de grandes bavardes. Il ne répondit rien, bien trop content de trouver là des futurs amis. Il vit alors arriver de toute part des lapins, des oiseaux, des escargots, des souris et des mulots… Tous venaient se réchauffer dans sa fourrure et lui raconter plein d’histoires.

Sur le chemin du retour, Macaron retrouva Pt’igloo tout souriant dans le soleil couchant.

L’ours lui raconta aussitôt son aventure.

— Et tu sais, ajouta-t-il, j’ai promis de revenir demain pour retrouver tous les animaux de la forêt et les réchauffer s’ils en ont besoin.

— Bravo, Macaron ! Trolli-Trognon, le Mini-Troll va être content. Il va pouvoir rentrer chez lui, avec du bonheur dans le cœur puisqu’il a pu réparer sa bêtise.

— Sa bêtise ?

— Oui, les Mini-Trolls doivent toujours réparer les bêtises qu’ils font, sinon ils ne peuvent pas grandir.

— C’est un peu comme chez nous, alors, se dit Macaron.

Même s’il ne saisissait pas vraiment quelle bêtise le Mini-Troll avait pu faire.

— Mais tu sais, Pt’igloo, j’aimerais bien remercier Trolli-Trognon. Grâce à lui, j’ai plein d’amis maintenant !

Pt'igloo hocha la tête :

— Ah non ! Ce n’est pas possible. On ne peut pas approcher les Trollis, tu sais. Ils habitent très haut dans le ciel.

Et s’il leur arrive de descendre sur Terre, ils deviennent invisibles. Macaron insista.

— Mes grands frères, eux, ils sauront peut-être comment faire pour en approcher un ?

— Je te déconseille de leur en parler, répondit Pt’igloo. Ils risquent de se moquer de toi… et des Mini-Trolls !

— Alors, je ne leur dirai rien, conclut Macaron avec le bonhomme des neiges,

En arrivant chez lui, l’ours brun aperçut soudain une lueur vive dans le ciel. Il crut voir un traîneau étincelant avec à son bord une toute petite créature aux cheveux rouges et à la grande barbe frisée qui lui faisait un signe de la main en rigolant.

Puis tout disparut très vite.

Macaron se jura alors de bien garder son secret. Car s’il racontait à tout le monde qu’il avait parlé avec un bonhomme des neiges et salué un Mini-Troll, qui donc allait le croire ?

_______

Illustration de Adora
Nathalie Dujardin

Nathalie Dujardin

J’ai commencé à écrire à l’âge de… 8 ans ! Aujourd’hui, je suis l’auteure d’albums, de collections, de jeux, de romans, de nouvelles, de contes, de poésie, pour les petits et les grands, que je dédicace dans les salons ou les librairies. J’anime également des ateliers ...   [+]

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Le p'tit plus de Bob

La bête au bois dormant

En hiver, certains animaux hibernent, comme la marmotte ou le hérisson. Leur corps devient tout froid et s’endort, pour garder un maximum d’énergie et passer l’hiver sans danger. L’ours, lui, n’hiberne pas : il hiverne. C’est-à-dire que sa température corporelle baisse, comme les animaux hibernants, mais il ne s’endort pas pendant toute la saison. L’hiver, c’est la période où les oursons naissent, alors mieux vaut ne pas s’endormir trop longtemps !

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