Enfin ! La cloche venait de sonner, annonçant le début des vacances de Noël. Tous les élèves, sauf moi, se pressaient dehors pour aller retrouver leurs parents. Ce ne sont pas les miens qui viendraient jusqu'à l'école pour venir me chercher !

— Aurore ! C'est toujours bon pour lundi ? demanda Léa. Maman veut savoir combien on sera.

— Oui, je viens. De toute façon, mes parents vont travailler pendant toutes les vacances, alors j'aurais tout mon temps.

Justine et Andréa sont arrivées vers nous en courant.

— Aurore ! Léa ! Je vais au bowling avec mes parents jeudi et ils m'ont dit que je pouvais inviter trois copines. Vous venez ?

J'allais faire du bowling pour la première fois ! Papa et maman disent toujours qu’ils n’ont pas le temps de nous y emmener, que c'est une perte de temps, comme d'aller au cinéma. Mais, je serais tellement contente d'y aller avec mes copines.

— Oui ! Ça va être trop bien !

— Il faut que je demande à mes parents, dit Léa.

— Et vous venez à l'anniversaire d'Emma, mercredi ? demandais-je à mon tour

— Évidemment ! C'est la fête de l'année !

— Mes parents m'attendent, dit Léa. À lundi alors.

Comme d'habitude, j'avais un peu traîné pour rentrer à la maison. Papa et maman n'allaient pas rentrer avant quelques heures et Zoé, ma petite sœur, était à l'étude. Mais en poussant la porte de la maison, je fus accueillie par une Zoé survoltée.

— Aurore ! On t'attendait, a commencé maman.

— Pourquoi ? Vous êtes déjà là ? Vous ne rentrez pas si tôt, d'habitude.

— Et nous qui pensions que ça te ferait plaisir. Ta sœur, elle, est très contente !

Forcément ! De toute façon, Zoé fait toujours ce qu'il faut. Elle n'a que huit ans mais, à entendre mes parents, elle est parfaite. Et moi, alors ?

— On a une surprise pour vous, a continué papa. On part en vacances avec les cousins dès demain !

— Tous les cousins ? a demandé Zoé en sautillant.

— Oui ! On emmène Vincent, Nina, Mathis et Juliette à la montagne.

Zoé a sauté dans les bras de Papa et Maman. Moi, je réfléchissais déjà à un moyen d'échapper à ces vacances en famille. J'avais tellement d'autres projets avec mes amies. Impossible de rater ça !

— Ce n'est pas possible ! Vous ne pouvez pas me faire ça, criais-je. J’ai promis d’aller à l'anniv’ d'Emma !

— Mais enfin Aurore ! Les vacances de Noël, on les passe en famille. Et je ne me souviens pas que tu nous aies demandé la permission d'aller à cet anniversaire !

— Noël ? des vacances en famille ? Ça serait bien la première fois ! Comme si vous saviez ce que c'est, des vacances en famille. Vous vous intéressez plus à votre travail qu'à nous.

— Je suis désolée Aurore, mais tu vas devoir annuler tes projets.

— Et pourquoi en plus on a besoin d’emmener tous les petits avec nous ?

Vous voulez juste faire croire à tonton et tatie que vous êtes des bons parents. Ils ne passent pas Noël en famille eux ?!

— Tu sais bien que ce n’est pas possible pour eux, à cause de leur boutique. Va dans ta chambre ! Tu reviendras quand tu seras calmée, cria maman.

Génial !... Des vacances entre mes parents, ma petite sœur et mes quatre cousins. Réjouissant ! Ils ont entre quatre et neuf ans et passent leur temps à jouer à des jeux de bébés.

Je n'ai pas réussi à convaincre mes parents. Ils n'ont rien voulu entendre. J'aurais très bien pu rester toute une semaine chez Emma, mais ils ont refusé. Me voilà donc coincée dans la voiture entre Mathis, sept ans et Vincent, neuf ans. J'aurais tellement aimé aller à l'anniversaire d'Emma. Quand je lui ai dit que je ne pouvais pas venir, elle m'en a vraiment voulu. Elle m'a dit que, de toute façon, Léa venait, alors qu'elles allaient bien s'amuser. Pour résumer, je viens de perdre ma meilleure amie pour passer une semaine à empêcher Mathis d'envoyer des avions sur Vincent et pour faire la police entre Nina et Juliette. Ces vacances s'annoncent vraiment pénibles !

À tout juste neuf ans, Vincent est le plus grand de mes quatre cousins. Il est le frère de Nina, six ans. Ce sont mes cousins du côté de maman. Côté papa, il y a Mathis, sept ans et Juliette, quatre ans. Nina et Juliette ne s'entendent pas vraiment, ce qui nous met souvent dans des situations... insupportables.

Après huit heures de route interminables, entre les rires, les cris, les larmes et les « quand est-ce qu'on arrive ? », nous avons atteint l'Alpe d'Huez. Et c'est là que j'ai découvert le cauchemar qui m'attendait ! Comme j'avais boudé pendant toute la soirée d'hier et une bonne partie de la journée, je n'avais pas entendu ce qu'avaient dit mes parents. Forcément, à cause des cousins, ils avaient dû réserver un appartement pour famille nombreuse. Comme ils s'y prenaient au dernier moment, le seul endroit disponible comportait une chambre et une sorte de dortoir pour six personnes. Soit, dans notre cas, six enfants ! En plus de devoir les supporter toute la journée, je vais devoir aussi... dormir avec eux ?
Im-po-ssi-ble !

— Il n'y a pas d'autre solution, Aurore. Et je suis sûr que vous allez bien vous amuser, tous ensemble, a dit papa.

Et moi, j'étais sûre du contraire. Avant de défaire les valises, papa et maman ont voulu nous emmener visiter le petit village. J'avais réussi à les convaincre de rester toute seule à l’appartement. Je voulais en profiter pour envoyer des messages à Léa. Ils avaient accepté, mais la condition était : défaire mes bagages.

Alors que j'allais ouvrir ma valise, je l'ai vue bouger. Quelques centimètres, mais elle remuait ! Je n'étais pas folle. J'ai tiré sur la fermeture et...

— C'est pas trop tôt ! a râlé un petit être en s’étirant dans tous les sens.

— Mais qui es-tu ? Et que fais-tu dans ma valise ?

— Tu ne me reconnais pas ? Je suis un lutin du Père Noël.

J'étais tellement surprise que je ne pouvais rien dire. Le lutin a continué :

— Je suis là pour exaucer trois de tes vœux. Tu peux avoir tout ce que tu désires.

Tout ce que je veux ? Ça veut dire que je peux rentrer à la maison, ou encore...

— J'ai trouvé ! Je veux cette robe, ai-je dit en lui montrant le magazine posé sur ma valise.

— Tu es sûre ?

— Oui !

Le lutin fit un tour sur lui-même et... la robe prit place dans ma valise.

La porte du gîte s'ouvrit brusquement, laissant entrer une armée d'enfants qui criaient et sautaient dans tous les sens. Je me suis retournée pour que papa et maman ne voient pas le lutin, mais il s'était déjà volatilisé.

— Tu viens goûter ? demanda Nina, les yeux brillants. On a acheté du chocolat.

— Non, je n'ai pas faim, mangez sans moi.

En réalité, j'avais tellement faim que mon ventre gargouillait, mais je voulais rester toute seule et envoyer des messages à Emma. Malheureusement, j'ai juste eu le temps de m’asseoir sur mon lit avant d'entendre frapper à la porte.

— Tu veux bien jouer avec nous ? ont demandé Nina et Juliette.

— Non, désolée les filles, je vais faire une petite sieste.

Le lendemain matin, alors qu'ils étaient tous partis à la patinoire, j'ai pu discuter avec Emma par SMS.

— Mais qu'est-ce que tu fais ?

— Non mais ça va pas ! Tu m'as fait peur ! Il faut que tu arrêtes d'apparaître comme ça sans prévenir !

Le lutin m'a regardée avec ses gros yeux et a attrapé mon téléphone.

— Pourquoi tu n'es pas allée jouer avec elles ?

— Parce que j'en n'ai pas envie. C’est des bébés, elles jouent encore aux poupées !

— Bon, maintenant, ça suffit ! Cela fait quelques jours que je t'observe, et ça ne va pas du tout ! Tu as une famille qui t'aime et toi, tu préfères rester scotchée à ton portable. Tes cousins veulent juste passer du temps avec toi ! Beaucoup d'enfants aimeraient être avec leur famille pour Noël. C'est une chance !

— Une chance ? Je te rappelle qu'à cause de ces « super » vacances, j'ai raté l'anniversaire d'Emma. Et j'aurais pu aller au bowling, pour une fois ! À la place, je suis scotchée ici avec mes cousins. Et si tu ne l'avais pas remarqué, ils ne m'aiment pas beaucoup non plus, ils me laissent tout le temps de côté.

— Ah, j'avais oublié Emma. Quelle amie ! Elle ne t'aurait pas déjà remplacée ? Je me trompe ? Tes cousines, elles, ne te détestent pas, au contraire. Tout ce qu'elles demandent, c'est que tu passes un peu de temps avec elles. Allez, suis-moi maintenant !

Mais pour qui est-ce qu'il se prend ? Les lutins ne peuvent pas tout se permettre, tout de même !

En ouvrant légèrement la porte, j'ai vu Nina et Juliette qui, pour une fois, ne se disputaient pas. Mais, bizarrement, elles semblaient tristes.

— Elle nous aime pas, c'est ça ? demandait Juliette.

— Mais non, elle a juste d'autres choses à faire.

— Elle ne veut jamais jouer avec nous, on a fait quelque chose de mal ?

— Non, je pense qu'elle est trop grande pour jouer avec nous maintenant, dit Nina.

Le lutin referma la porte.

— Tu comprends mieux maintenant ?

— Je peux avoir mon deuxième vœu ?

J'avais repéré un bowling pas très loin du gîte. J'ai alors demandé au lutin de convaincre mes parents de nous y emmener, et tout comme la première fois, mon vœu fut exaucé ! Nous y sommes allés tous ensemble.

— On fait des équipes ? proposa maman.

— Je peux me mettre avec Juliette et Nina ?

Tout le monde m'a regardée avec étonnement. Mais surtout, j'ai eu le droit à un grand sourire de la part de mes cousines.

Nous avons gagné haut la main, toutes les trois. Elles étaient tellement contentes que je m'en suis voulu d'avoir perdu tant de temps. C’était si agréable de les voir heureuses, s’agrippant à mon cou pour me couvrir de baisers.

Quatre jours plus tard, il était déjà temps de repartir. Nous étions le 23, deux jours avant Noël. Le trajet s'était déroulé, cette fois, dans la joie et la bonne humeur. Mathis et Vincent s'étaient découvert une passion commune. Il n'y avait plus de cris à supporter, ni d'avion à intercepter.

Une fois à la maison, juste avant que tonton et tatie ne reviennent chercher mes quatre cousins, une idée me traversa la tête :

— Papa, maman, qu'est-ce que vous diriez si on fêtait Noël ici, tous ensemble ?

Au début, ils n'étaient pas très emballés. Il fallait tout préparer, il n'y avait pas assez de lits. Mais c'était sans compter sur Nina. Elle était tellement contente qu'elle a réussi à convaincre tous les parents.

Ce matin encore, je fus réveillée en fanfare par une Juliette surexcitée.

— Dépêche-toi ! On n'attend plus que toi pour ouvrir les cadeaux !

— J'arrive, ma puce. Deux minutes.

Juliette était partie admirer ses cadeaux en sautillant.

— Ouh-ouh ! N'oublie pas qu'il te reste un vœu. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?

Le lutin venait à nouveau de faire son apparition. Je l'avais presque oublié celui-là.

— Rien. Merci. J'ai tout ce qu'il me faut. Tu avais raison.

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Illustration de Adora
zagatub
Elisa Houot

Elisa Houot

Je suis une lycéenne passionnée par les sciences comme par la littérature. Dès que j’ai pu lire mon premier livre seule, j’ai basculé dans le monde des livres. Dans le bus, à la plage, devant la télé, en écoutant de la musique, le soir, le matin, je lis, je lis, je lis. Et depuis ...   [+]

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