Short Edition
Gare aux gaffes !

Gare aux gaffes !

Gabin et Gabrielle sont grumeaux. Oups, jumeaux ! Mais leur maman les a baptisés les grumeaux. Parce qu’ils gribouillent, engloutissent du gloubiboulga aux graines de courge, font glouglou, disent glagla ou bien font guili-guili ou encore Grrrrr…. Eh oui, vraiment, le « g » est une drôle de lettre !

Donc Gabin et Gabrielle ont six ans. Gabin est un grand garçon gaffeur rigolo et Gabrielle une gamine longiligne un brin maligne.
Bref, c’est un duo d’enfer qui fait des blagues à gogo.
Parfois, maman fatigue un peu. Mais ils sont si mignons, ses petits grumeaux. Toujours à rire, à grimacer, à s’esclaffer, ou se courir après. Papa, lui, a souvent la tête qui bourdonne.
— Qu’est-ce qu’ils font comme bruit ! se lamente-t-il souvent. Si ça continue, je vais vous envelopper dans du , j’aurai moins mal aux oreilles !
Le soir venu, Gabin va trouver Gabrielle dans son lit :
— Dis, j’ai toujours pas compris pourquoi papa voulait nous entourer de poulet-sirène.
— Laisse tomber, il est bizarre papa, parfois.

Nous sommes en novembre. Halloween est passé. Le chat de la voisine en garde encore un souvenir cuisant. Enfin, collant serait plus juste. Il a toujours, au bout de la queue, cette petite pointe de métal que Gabin et Gabrielle lui ont collé à la super super glu.
— Comme ça, il a la même queue que le diable ! avait claironné Gabin tout fier. Avec lui, on va gagner le concours du meilleur déguisement pour Halloween !

Maman a l’air fatiguée en cette fin de journée, alors qu’ils prennent leur goûter presque calmement :
— Vous avez intérêt à vous calmer pour Noël ! gronde maman exaspérée. Ouh la la, c’est vrai ! Noël arrive ! Et le Père Noël n’aime pas les mauvaises blagues !
— Promis, maman ! Promis juré !
— Sûr ? Maman fronce les sourcils.
Gabin se jette dans ses bras et lui fait un gros bisou :
— Sûr sûr maman ! Aussi sûr que deux et deux font cinq !

Du coup, Gabin garde en réserve ses prochains tours de garnement pour le premier avril et Gabrielle commence déjà à rédiger une gentille lettre au Père Noël.
Décembre arrive. Et avec lui les premiers flocons. Ouf ! Gabin a tracé une gigantesque croix sur la neige au milieu du jardin. Pour que les rennes puissent atterrir correctement. Parce que le Père Noël, à son âge, il faut un peu l’aider. Il ne manquerait plus qu’il rate son arrivée !

À l’école aussi, c’est la fête. Courir dans la cour de récré en se lançant des boules de neige, c’est trop chouette ! Gabin est pressé d’aller jouer. Vite vite, il demande à la maîtresse de l’aider à mettre ses bottes parce qu’elles sont dures à enfiler. Elle tire, pousse, re-tire, elles sont terribles, ces bottes !
Enfin ! Ça y est ! Les bottes sont enfilées !
Gabin regarde la maîtresse, l’air penaud :
— Elles sont à l’envers…
Flûte de zut ! lance la maîtresse. C’est pourtant vrai !
Ni une ni deux, la maîtresse transpire à grosses gouttes pour enlever les bottes et les remettre à l’endroit.
— Ho hisse, ho hisse ! encourage Gabin.
— Ah ! Enfin ! Voilà qui est parfait ! souffle la maîtresse après avoir remis les bottes à l’endroit.
— Tu sais, maîtresse, les bottes, c’est pas les miennes… sourit Gabin en plissant ses yeux malicieux.

La maîtresse se fige, se crispe, s’étrangle et commence à retirer la première botte tandis que ses joues, son front, son menton, bref, tout son visage s’empourpre et devient cramoisi. Et tandis que de la fumée commence à lui sortir des oreilles, Gabin poursuit :
— … c’est celles de ma sœur, Gabrielle…
La maîtresse vient d’enlever la première botte et s’apprête à s’attaquer à la deuxième :
— … mais maman me les a données, parce qu’elles me vont bien !
Je vais le transformer en bouillie de pois cassés, songe la maîtresse.
— Allez zou, manteau, écharpe, et en avant pour la récré ! lance finalement la maîtresse épuisée. Au fait, et tes gants ? Ils sont où, tes gants ?
Le visage de Gabin devient blême. Promis de chez promis, il ne l’a pas fait exprès…
— euh… euh… pour pas les perdre, je les ai mis dans mes bottes…
Gabin s’inquiète un peu. L’école aussi, ça compte, pour le Père Noël ?
— Évidemment, nigaud ! explique Gabrielle, il faut être sage partout ! Tout le temps !

Le calme est revenu dans la maison.

Plus de bêtises. Maman sourit. Et pousse un long soupir. Ça fait du bien de se reposer un peu !

Quelques jours plus tard : la maison est toujours silencieuse. Étonnamment silencieuse. Trop silencieuse. Le silence du guerrier avant la gigantesque tempête intergalactique ?

Gabin et Gabrielle s’affairent dans leur chambre, maman entend bien un peu de bruit par moments, mais elle préfère les laisser tranquilles, ils sont grands maintenant, elle veut leur montrer qu’elle leur fait confiance. Enfin, presque… Les jours passent.

Toujours aucune bêtise en vue.

Le soir, par la fenêtre, Gabin regarde les étoiles tandis que Gabrielle se demande si les lutins du Père Noël auront le temps de préparer tous les cadeaux pour le jour J.

La lettre pour le pôle Nord est partie quelques jours plus tôt. Pourvu que la Poste ne se mette pas en grève ! s’inquiète Gabin.

C’est une certitude, Gabin et Gabrielle complotent. Si si, ma main à couper qu’ils mijotent quelque chose, murmure maman en montant tout doucement les escaliers.

Elle s’arrête devant la chambre de Gabin. Colle son oreille contre la porte. Écoute. Rien. Silence complet. Lentement, elle entrouvre la porte. Elle découvre alors un spectacle hors du commun. Époustouflant. Sidérée, les mots lui manquent pour exprimer son hébétude. Oui, hébétude. Comme un engourdissement soudain de son esprit, qui la laisse la bouche légèrement ouverte, paralysée.

La raison ? La chambre de Gabin est comme immaculée, plus aucun jouet qui traîne, on dirait même qu’elle a carrément été vidée. C’en est presque angoissant ! Mais où donc sont les puzzles ? La collection de Transformers ? Les meccanos, les petites voitures, le garage, le train électrique ?

Maman court jusqu’à la chambre de Gabrielle. Entre juste au moment où Gabin souffle à Gabrielle : mission accomplie ! On est prêts !
— Prêts pour quoi mes chéris ? demande maman. Et… où sont passés tous vos jouets ? Gabrielle ? Tes Monsters High ? Tes Pet Shops ?
— Mais Chuuuuuuuuuuuuuuuteuh maman ! répondent Gabin et Gabrielle de concert.
Maman nage en pleine purée de navets.
— Mais oui, maman, on a caché tous nos jouets ! Tu comprends, si le Père Noël voit tout ce qu’on a déjà, il va jamais nous apporter ce qu’on lui a demandé ! Et t’inquiète pas, maman, tu sais bien qu’on a promis de plus faire de bêtises comme l’année dernière ! On n’enverra pas de morceau de bûche au Père Noël par la Poste, ça, on sait qu’il faut plus le faire !

Au même moment, papa entre dans la chambre, le regard noir. Il est en colère, ça, c’est sûr. Une bonne grosse colère force neuf sur l’échelle de la colèritude (mot inventé par Gabin). On va se faire gronder là, c’est garanti ! pense Gabin.
Dans sa main droite, son père balance sous le nez des grumeaux la tête à coiffer de Gabrielle :
— Quelqu’un peut me dire ce que ça faisait dans le congélateur ???!!! Et je ne parle pas des legos dans la niche du chien et de la bataille navale sous les serviettes dans la salle de bains !
Maman quant à elle, ratatinée sur le lit de Gabrielle, en est à compter sur ses doigts :
— Un, deux, trois,… neuf… oui, neuf jours encore à tenir jusqu’à Noël… vivement qu’ils retournent à l’école !

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Illustration de Miia Illustratrice
zagatub
Céline Santran

Céline Santran

Professeur d’anglais et traductrice, j’écris depuis plusieurs années toutes sortes d’histoires, en français comme en anglais, pour un public de grands et de moins grands. Ma devise ? Tant que l’on a des rêves, rien n’est impossible !

Lire ses œuvres
Le p'tit plus de Bob

La véritable adresse du Père Noël

Et si tu lui écrivais directement ? Tu peux lui envoyer ta liste de cadeaux, mais tu peux aussi simplement discuter avec lui. Et c’est garanti, il te répond !
En plus, il n'est même pas nécessaire de mettre un timbre sur ton enveloppe. Mais n’oublie pas d’inscrire tes coordonnées au dos de ta lettre !
Voici son adresse :

Père Noël
Rue des Nuages
Pôle Nord

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