Short Edition

Un défi pour Fanette

Sandra Bartmann

Lundi

Ce cours de maths aurait pu être comme tous les autres : long et ennuyeux. Fanette aurait pu le passer comme d'habitude à griffonner des blagues à son amie Romy sur de petits bouts de papier.

Ce cours de maths aurait pu être ordinaire si elle n’était pas arrivée en plein milieu. Elle. La nouvelle.

Elle s'appelait Alma Darcier. Quand elle a dit son nom, Fanette a eu l'impression qu'elle venait de dire « Poussière d'étoile » ou « Rivière de miel ». Alma était entrée dans la salle sans jeter un seul regard aux autres élèves. Elle s'était avancée, droite et fière, et avait attendu poliment qu’on l’invite à s'asseoir. Fanette, bouche bée, fixait son profil impeccable de souveraine. Son visage était d'une finesse incroyable, sa peau était pure comme de la porcelaine. Elle avait une longue natte brune qui se balançait nerveusement dans son dos comme la queue d'un pur-sang. Et bizarrement, elle ne portait que des vêtements complètement démodés : un vieux jean, une doudoune bordeaux, des baskets sans marque et un vieux sac à dos. Visiblement, Alma Darcier était bien au-dessus des histoires de mode.

— C'est une reine, songea Fanette émerveillée. Ou peut-être qu'elle le dit à voix haute, car Romy lui flanqua aussitôt un coup de coude bien senti.

— Ferme la bouche, on dirait une grenouille qui bégaye !

A la fin du cours, Fanette regarda la belle Alma se lever avec nonchalance et ranger ses affaires aussi lentement que si le monde entier était censé l'attendre. Elle hésita à aller vers elle, et au moment où elle allait enfin se décider, une sonnerie de téléphone se fit entendre. Alma sortit un portable de sa poche et sourit en regardant le cadran. Elle se mit immédiatement à pianoter sur le clavier et disparut dans le couloir.

Romy prit Fanette par le bras.

— Eh ben, elle se gêne pas la nouvelle, non seulement elle a un portable mais en plus elle l'amène en classe !

Fanette haussa les épaules et suivit son amie dans la cour.

Le soir venu, alors qu'elle dînait devant la télé avec sa maman, elle dit pensivement :

— Aujourd'hui, il y a une nouvelle qui est arrivée en plein cours de maths.

Sa mère répondit sans détacher les yeux de l'écran :

— Ah oui ? En sixième, deux mois après la rentrée ? Elle va avoir besoin que quelqu'un l'aide à s'adapter.

Fanette sourit intérieurement.

— Oui, c'est exactement ce que je me suis dit.

Mardi

Dans le couloir menant au cours de français, Fanette faisait les cent pas. Romy l'observait d'un air moqueur.

— Mais qu'est-ce que tu as aujourd'hui ?

— Fiche-moi la paix !

Romy, vexée, haussa les épaules. Elle alla s'asseoir plus loin avec les jumeaux Blaise et Basile.

Enfin, Alma apparut. Elle marchait en se tenant très droite et en regardant loin devant elle. Elle allait passer devant Fanette sans même l'apercevoir, mais Fanette l'interpella.

— Alma ! Bienvenue ! Si tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit, sache que je suis là !

Alma dévisagea Fanette de haut en bas sans afficher la moindre expression. Un de ses sourcils se leva de surprise, puis retomba avec dédain.

— Qui es-tu ?

— Je m'appelle Fanette, je suis en 6ème B avec toi et je connais très bien…

Mais elle n'eut même pas le temps de terminer sa phrase, Alma avait déjà repris sa route. Fanette la suivit des yeux, sidérée. Elle la vit tirer son téléphone portable de sa poche avant de tourner au fond du couloir, sans lui jeter le moindre regard.

Le soir venu, à table, Fanette était d'humeur morose. Sa mère zappait d’une chaîne à l’autre, d’un air absent. Subitement, elle se tourna vers Fanette.

— Tiens, au fait, la nouvelle dont tu m'as parlé, je crois que j'ai croisé son père aujourd'hui.

Fanette se réveilla instantanément.

— Ah bon ? Mais comment tu sais que c'est son père ?

— Amaury Darcier, il est venu ouvrir un compte à la banque. Ils viennent de s'installer par ici, il m'a dit qu'il avait une fille en 6ème B.

Fanette était ravie de cette coïncidence. C'était un signe : Alma et elle étaient destinées à devenir amies !

Mercredi

En attendant le cours d'anglais, Fanette guettait l'arrivée d'Alma. Elle avait tout prévu pour que cette fois, elle ne puisse pas l'ignorer. Alma fit son entrée dans le hall. Elle était suivie d'un garçon de 4ème qui semblait essayer d'attirer son attention, mais elle ne le regardait même pas. Fanette fonça sur elle et interrompit le garçon.

— Alma ! Je t'attendais !

— Ah, salut.

Alma se tourna vers le garçon et lui dit très sèchement :

— Tu peux nous laisser maintenant ?

Le pauvre garçon rougit et fila la tête baissée.

— Alma, regarde, je t'ai apporté des croissants !

Alma jeta un œil dédaigneux sur le sachet que lui tendait Fanette.

— Ils sont tous pour moi ?

— Oui ! Enfin, je vais en garder un pour Romy, mais les autres sont pour toi !

— Romy ? C'est cette grosse fille rousse qui est tout le temps collée à toi ?

— Heu… Romy, c'est ma meilleure amie…

Alma éclata d'un petit rire mauvais qui glaça le sang de Fanette.

— Je pense qu'elle peut s'en passer, ta Romy, de tes croissants à la noix ! Elle est déjà grasse comme une truie !

Alma arracha le sachet des mains de Fanette et s’en alla. Fanette était tellement ébahie qu'elle ne vit pas tout de suite que Romy était assise un peu plus loin contre le mur. Elle avait tout entendu. Ses lèvres tremblaient et ses yeux étaient humides de colère. Fanette voulut s'approcher d'elle mais elle s'était déjà levée pour s'enfuir en courant.

Une fois rentrée chez elle, Fanette se regarda longuement dans le miroir de sa chambre. Elle ausculta minutieusement chaque partie de son corps. Si Romy était si grosse que ça sans que Fanette ne s'en soit jamais aperçu, peut-être qu'elle-même, elle était moche sans le savoir ?

Jeudi

Devant le gymnase, Fanette regardait autour d'elle avec anxiété. Ce n'était pas Alma qu'elle cherchait des yeux, mais Romy. Elle se sentait terriblement mal depuis la veille, elle avait besoin d’être sûre que sa meilleure amie ne lui en voulait pas. Mais Alma apparut et fonça droit sur elle. Ses longs cheveux étaient ramenés en un chignon serré qui lui donnait un air de danseuse étoile.

— Tu es toujours d'accord pour me rendre service ?

— Oui, qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

— J'ai besoin que tu fasses mon devoir d'Histoire à ma place.

— Quoi ? Celui qu'on doit rendre demain ?

— Oui. Je pars ce week-end, j'ai plein de choses à préparer avant. Je n'aurai pas le temps de m'en occuper.

Alma fixait Fanette de toute sa hauteur. Elle fit un bref sourire avant d'entrer dans le gymnase. Fanette était sidérée par autant d'aplomb.

— Tu vas le faire ? demanda Romy qui avait observé la scène.

— Je ne sais pas encore. C'est normal de rendre service aux nouveaux, non ?

— Ma pauvre… Tu deviens ridicule !

Romy tourna les talons et entra dans le gymnase à son tour.

Le soir au dîner, Fanette était plus désorientée que jamais. Sa maman semblait captivée par un film policier qu'elle avait pourtant déjà vu.

— Maman, est-ce que tu penses que c’est toujours bien de rendre service aux autres ?

La maman de Fanette détacha ses yeux de l'écran et la regarda d'un air curieux.

— Pourquoi tu me demandes ça ma chérie ?

Fanette raconta dans les grandes lignes sa relation avec Alma depuis son arrivée. Elle ne savait pas très bien pourquoi, mais elle ressentait un peu de honte. Sa maman l'écouta attentivement, sans l'interrompre. A la fin, elle demanda :

— Ma chérie, que crois-tu que cette Alma a de plus que toi ?

Fanette hésita. Elle murmura en rougissant :

— C'est une reine.

La maman de Fanette prit ses mains dans les siennes et lui dit en la regardant droit dans les yeux :

— Ton Alma essaye de faire croire qu'elle est une reine, mais elle ne se comporte pas du tout comme tel. Toi en revanche, tu es une reine. Simplement, tu ne l'as pas encore compris.

Fanette alla se coucher en réfléchissant à tout cela. Un sentiment nouveau grandissait dans son cœur, comme si quelque chose devenait plus fort et plus solide.

Vendredi

Fanette courut vers Romy qui discutait avec Blaise et Basile devant la grille du collège. Romy la regarda de travers et les frères jumeaux aussi. Mais rapidement, les yeux des garçons furent attirés par quelque chose derrière Fanette. Elle se retourna : Alma était là. Elle manipulait son téléphone fébrilement et avait l'air très contrariée.

— Tu ne sais toujours pas que les portables sont interdits au collège ? demanda Romy d'un air narquois. Tu crois peut-être que le règlement ne s'applique pas aux gens comme toi ?

— Le règlement, c'est fait pour ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-mêmes, répliqua Alma d'un ton cassant.

Elle se tourna vers Fanette.

— Alors, ce devoir ?

Romy et les garçons étaient suspendus à la réaction de Fanette. Alma patientait, son sourcil légèrement levé en signe d'agacement. Fanette sentit le rouge lui monter aux joues, elle avait une furieuse envie de couper la natte d'Alma avec une grosse hache.

— Ce devoir, vous allez le faire vous-même, votre Majesté. Je ne suis pas votre larbin.

Fanette accompagna cette réponse d'une petite révérence moqueuse. Puis elle planta tout le monde devant le portail et s'engouffra dans le hall le cœur battant. Elle n'arrivait pas à croire à ce qu'elle venait de faire ! Elle passa le reste de la journée sur un petit nuage.

Le soir, au dîner, Fanette était si gaie qu'elle parla pendant tout le repas. Sa maman finit par éteindre la télé, impossible d'écouter l'émission tranquillement.

Fanette s’endormit avec une impression merveilleuse de liberté. Pendant tout le week-end qui suivit, elle eut l'impression qu'une grosse fleur lui poussait dans le ventre et s'ouvrait lentement en diffusant une douce chaleur. Elle pensa très peu à Alma, sauf pour l'imaginer furieuse et vexée. Elle pensa bien plus à Romy : elle espérait que son amie était fière d'elle et lui pardonnerait.

Lundi

Fanette arriva au collège remplie de joie et de fierté. Elle se dirigea vers le cours de dessin d'un pas décidé. Pour la première fois, elle était attentive à sa manière de marcher. Elle souriait. Elle avait mis sa plus belle robe et avait soigneusement tiré ses cheveux en une queue de cheval haute, qu'elle sentait virevolter dans son dos. Elle avait le sentiment d'être moins invisible que d'habitude, même ses camarades semblaient la regarder différemment. Quand elle arriva à leur hauteur, Romy lui fit un immense sourire et les jumeaux sifflèrent d'admiration.

Fanette était si soulagée de retrouver Romy qu'elle ne vit pas apparaître Alma derrière elle. Elle pianotait toujours sur son téléphone, escortée par le garçon de 4ème qui portait son sac à dos.

— Oh, mais regardez qui voilà ! s'écria Alma d'un air moqueur. Miss Larbin et sa copine bouboule ! Elles ont tellement peu d'admirateurs qu'il a fallu en cloner un !

Alma éclata de rire, le garçon de 4ème se sentit obligé de l'imiter. Ils disparurent dans la salle de classe, laissant Fanette et ses amis abattus et furieux.

— On ne peut pas se laisser faire comme ça, dit Romy avec détermination. Il faut lui donner une bonne leçon !

— Qu'est-ce qu'on peut faire ? demanda Fanette. L'étrangler avec sa natte ?

— On pourrait lui prendre ce à quoi elle tient le plus, suggéra Romy.

— Son téléphone portable par exemple ?

— Par exemple !

— On s'en occupe ! s'exclamèrent Basile et Blaise.

Le soir au dîner, Fanette jubilait en silence en repensant à leur plan. Sa maman la tira de ses réflexions en disant d'une petite voix :

— J'ai revu le père d’Alma à la banque aujourd'hui. Tu devrais peut-être l'inviter un soir, je crois qu'elle n'a pas souvent l'occasion de s'amuser…

Fanette regarda sa mère avec de grands yeux. Elle se retint quelques instants, puis dit froidement :

— Plutôt mourir foudroyée immédiatement !

Mardi

Fanette et Romy se retrouvèrent juste avant le cours de français. Elles cherchaient les jumeaux des yeux, elles avaient du mal à contenir leur excitation. Ils apparurent enfin au bout du couloir, escortant Alma qui affichait un air encore plus triomphant que d'habitude. Blaise portait la doudoune d'Alma pliée sous le bras. Basile avait son sac à dos suspendu sur l’épaule. Ils firent un clin d'œil à Fanette et Romy, tout en essayant de se retenir de sourire. Alma arriva à leur hauteur, et les regarda longuement, un petit sourire mesquin au coin des lèvres. Puis elle se tourna vers les jumeaux.

— Les garçons, n'oubliez pas mon devoir de maths pour lundi prochain !

Elle attendit que les jumeaux lui remettent ses affaires, puis elle entra dans la classe sans se retourner.

Aussitôt, Fanette se jeta sur Basile, et Romy sur Blaise.

— Alors ?!

— Un véritable jeu d'enfant !

Basile sortit furtivement le téléphone de sa poche pour le montrer à ses amis.

— On se retrouve derrière le gymnase à la récré !

Pendant la récréation du matin, les quatre amis se retrouvèrent comme convenu. La tension était palpable, les visages étaient pâles et les sourires crispés.

— Vous avez remarqué, dit Romy à voix basse, Alma a été nerveuse toute la matinée. Elle a dû se rendre compte qu'il lui manquait quelque chose !

— Vous avez pu pirater le mot de passe ? demanda Fanette.

— Oui, dit Blaise, ça n'était pas très compliqué !

Basile restait muet. Il avait l'air plus sombre que les autres. Il tendit le téléphone à Fanette comme à contrecœur.

— Pourquoi tu fais cette tête Basile ?

— J'ai jeté un œil… et ce n'est pas ce que nous imaginions.

Fanette prit l'appareil et commença à faire défiler les SMS. Ils provenaient tous du même numéro. Les quatre amis commencèrent à lire des messages au hasard :

15h19 – Ma chérie, rassure-toi, l'opération s'est bien passée. Ton père a eu une bonne idée de te donner ce téléphone, je suis contente qu'on puisse discuter toutes les deux malgré la distance !

20h14 – Bonjour ma chérie ! Ton père me dit que son nouveau travail se passe bien. Raconte-moi un peu comment ça se passe pour toi ! Le collège, tu t'es fait des amis ?

Les quatre amis levèrent en même temps leur nez de l'écran. Ils se regardèrent sans dire un mot. Puis ils firent défiler le texte un peu plus loin et reprirent leur lecture.

8h03 – Ma chérie, ton père me dit que vous venez me voir à l’hôpital ce week-end, je suis tellement heureuse ! Ne t’inquiète pas pour moi les médecins s’occupent très bien de moi.

12h20 – Ma chérie, ne sois pas déçue que je ne puisse pas vous rejoindre déjà. Les médecins pensent que je dois encore un peu rester ici. ça me ferait tellement plaisir de savoir que tu t’amuses bien dans ton nouveau collège et que tu te fais de bons amis !

L'écran s'éteignit d'un coup. C'était Romy qui avait appuyé sur le bouton.

— Je crois qu'on en a assez vu.

Fanette était stupéfaite. Elle ne se rappelait pas avoir déjà été plus mal à l'aise dans sa vie.

— Il faut lui rendre ce téléphone.

— Oui, bien sûr, bredouilla Romy en regardant ses pieds. Vous pouvez le remettre discrètement dans ses affaires les garçons ?

— Sans problème, dit Basile. Mais après, on fait quoi ? On fait comme si on ne savait pas ?

— J'ai ma petite idée, répondit Fanette. On peut avoir son numéro ?

— Rien de plus simple ! dit Blaise en souriant.

Le soir au dîner, Fanette ne dit pas un mot, elle était trop préoccupée. Sa maman riait devant une comédie américaine, elle remarqua à peine que sa fille sortit de table en attrapant son téléphone. Fanette monta dans sa chambre, saisit un carnet et un crayon et commença à réfléchir.

Mercredi

Le cours d'anglais paraissait interminable. Fanette, Romy et les garçons ne pouvaient pas s’empêcher de regarder Alma, puis d’échanger des regards graves. Alma manipulait son téléphone sous son bureau, son visage passait imperceptiblement de la tristesse à la joie.

La sonnerie de la fin du cours retentit enfin, c'était la récréation. Les quatre amis se postèrent sous le préau. De là, ils voyaient parfaitement Alma échanger des SMS avec sa mère et envoyer paître tous ceux qui essayaient de l'approcher.

— On y va ? demanda Romy avec anxiété.

— On y va, répondit Fanette.

Elle sortit de son sac la page arrachée de son carnet et le téléphone de sa maman. Elle saisit soigneusement le texte qu’elle avait écrit la veille.

Alma Jolie

Nous voulons être tes amis !

S'il faut passer par ton téléphone pour être entendus

Eh bien c'est fait !

Nous sommes devenus voleurs sur un malentendu

Pourras-tu nous pardonner ?

Nous sommes si tristes d'apprendre la maladie de ta maman

Nous aimerions égayer ta vie !

Faisons-lui ensemble un joli présent,

Devenons amis !

Fanette envoya le message en retenant son souffle. Les quatre amis fixèrent Alma : elle ne tarda pas à recevoir le message. D’abord, elle parut surprise. Puis elle leva la tête de son écran et regarda autour d'elle d'un air méfiant. D'un coup, son regard croisa celui de Fanette. Le temps parut s’arrêter pendant quelques secondes. Alors, Alma quitta la cour de récréation, plus hautaine que jamais.

Fanette, Romy et les jumeaux se regardèrent avec tristesse.

— Au moins on aura essayé, dit faiblement Romy.

Le soir dans son lit, Fanette versa quelques larmes. Elle avait vraiment tout raté dans cette histoire avec Alma. Maintenant, il fallait simplement qu'elle lui fiche la paix. Après tout, c'est ce qu'Alma demandait depuis le début.

Jeudi

Fanette retrouva Romy et les jumeaux devant le gymnase. Aucun d'entre eux ne semblait avoir passé une bonne nuit. Lorsqu’Alma apparut à l'angle du bâtiment, ils retinrent leur souffle. Ils tentèrent de faire comme s’ils ne l’avaient pas vue, mais Alma se dirigea droit sur eux.

— Bonjour, dit-elle d'une voix forte et claire.

Fanette, Romy, Blaise et Basile sursautèrent.

— Vous êtes les pires imbéciles que j'ai jamais connus et ce collège est mille fois plus pourri que celui où j'étais avant.

Les quatre amis pâlirent. Fanette serra la main de Romy dans la sienne. Elle allait ouvrir la bouche, mais Alma ne lui en laissa pas le temps.

— Vous êtes aussi les seuls a avoir été gentils avec moi depuis mon arrivée. Et comme j'ai moi-même été une parfaite imbécile avec tout le monde, je pense que nous pouvons nous entendre.

Sur ces mots, Alma sortit de son sac un gros sachet de croissants qu'elle tendit à Fanette.

— Je pense que je te dois ceci et que je vous dois à tous des excuses. La voix d’Alma se fit plus douce. Les choses sont compliquées pour moi en ce moment. C'est la première fois que je suis nouvelle quelque part et j’avais peur qu'on me pose des questions…

— Nous aussi nous te devons des excuses, dit Fanette en attrapant un croissant.

Romy, Blaise et Basile se servirent à leur tour.

— Alors votre Majesté, dit gaiement Fanette, daignerez-vous accepter notre amitié ?

Alma regarda Fanette et sourit enfin, pour la première fois. Elle fit une gracieuse révérence et déclara solennellement :

— Ce serait un honneur, votre Splendeur !


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Illustration de Miia Illustratrice
Sandra Bartmann

Sandra Bartmann

Sandra est une petite fille de 38 ans déjà. Elle se rappelle avoir passé de longs étés à lire sous un tilleul en attendant la rentrée, il y a bien longtemps. Depuis elle a étudié l'art, elle est partie travailler en Afrique puis est revenue à Marseille, pour travailler autour de projets ...   [+]

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« Merry Christmas ! », c’est ce que disait le premier SMS ! Il a été envoyé le 3 décembre 1992 depuis l'ordinateur d'un ingénieur anglais, sur le téléphone d'un de ses collègues. A l'époque, les téléphones n'avaient même pas de clavier et les ordinateurs étaient à peine nés !

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