Short Edition
Disparition

Disparition

En ouvrant le tambour du lave-linge, Tim n’imagine pas se confronter à l’une des plus palpitantes énigmes des temps modernes. Du haut de ses douze ans, il n’est pas très fortiche en matière de blanchisserie. Lui, sa passion, c’est la science. Il se contente donc d’accumuler le linge sale dans un coin de sa chambre, formant une étrange sculpture molle à l'odeur acre. De toute façon, l’amas de vêtements finit toujours par disparaître par quelque enchantement maternel.

Un mercredi matin, Tim s’aperçoit qu’il n’a plus aucune chaussette propre dans son placard. Ses parents déjà partis au travail, il doit se débrouiller tout seul. Pas question de porter ses baskets neuves à même la peau ! Il saisit aussitôt masque et tuba et plonge dans son tas de linge sale à la recherche de chaussettes encore vivantes. Cinq couples sont remontés à la surface. Un peu raidies par la crasse, elles ont quand même conservé leur couleur d’origine. Tim se dirige vers le lave-linge et jette les dix chaussettes dans le tambour béant. Le programme court sera sûrement suffisant pour les remettre sur pied. C'est la première fois qu'il manipule tous ces boutons et ne connaît pas la malice dont sont capables ces machines redoutables.
Vingt minutes de tourbillon plus tard, le cycle semble terminé. Notre héros surexcité plonge sa main fébrile dans la gueule humide de la bête. Et là : incroyable mais vrai, seules huit chaussettes sont retrouvées. Malgré une fouille méticuleuse du lave-linge, ni le père, ni les copains, ni Wikipédia ne parviendront à expliquer à Tim ce que sont devenues les chaussettes manquantes.

— Un mystère bien plus grand que celui du Big Bang ! en rira à son retour Maman, avec un air entendu de vieux pirate.

_______

Illustration de Adora
zagatub
Pascale Dehoux

Pascale Dehoux

Née en 1964, Pascale a grandi, bercée par les récits de sa grand-mère grecque. Elle s'aperçoit que la parole est un tapis volant qui peut transporter les gens partout, en un instant. Depuis, elle chante, conte, écrit pour faire voyager le public. En plus de caresser des chats et de faire ...   [+]

Lire ses œuvres
Le p'tit plus de Bob

Laver son linge sale en public

Quand le lave-linge n’existait pas encore, on se rendait au lavoir pour laver ses chaussettes. Les lavoirs étaient de grands bassins publics ou des cours d’eau aménagés dans lesquels on faisait sa lessive. Dans les campagnes, il y avait souvent un lavoir par village. C’était un lieu de socialisation pour les femmes qui profitaient de leur corvée ménagère pour s’échanger les derniers potins.

Lavoir de Curis-au-Mont-d'Or

A découvrir

Du même auteur

La Boîte à rires

Du même thème

J’attends les clefs

De la même durée

Victor

De la même durée

Lettre d'excuse